Bassène et Manguiline, deux quartiers de Bignona, forment le cœur vibrant de la commune. Toutefois, Manguiline se distingue par le rôle historique qu’elle a tenu dans le panorama économique de la capitale du Fogny et par le besoin actuel d’infrastructures sociales dignes.
BIGNONA – Par un après-midi gris où les adultes s’installent à l’ombre des manguiers en savourant leur thé, des jeunes s’affrontent au football sur la « pelouse » improvisée de la place emblématique, véritable arène où tout se décide dans ce quartier. Les plus petits, quant à eux, se dispersent dans les ruelles envahies par l’herbe. Nous sommes à Manguiline, l’un des deux quartiers pionniers qui structurent la commune de Bignona.
Manguiline, dont le nom signifie « solide » en diola, se situe à quelques pas du marigot qui borde Bignona, une portion devenue aujourd’hui un grand abreuvoir pour le bétail, alors que jadis ce réservoir d’eau était prisé par les pêcheurs.
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« Nous pêchions l’après-midi, surtout le jeudi soir. On ramenait quelques pièces à la maison et le reste était vendu au prix de 125 FCfa le kilogramme pour notre argent de poche. Habiter à Manguiline et ne pas savoir nager ni pagayer, c’était inconcevable », se souvient avec une pointe de nostalgie Pascal Sagna, délégué du quartier.
Situé à l’ouest de Bignona et bordé par le marigot, Manguiline a longtemps été au centre des activités de collecte et d’échange de produits agricoles, ainsi que d’importations venues d’Europe. Les habitants y vivaient au rythme du commerce fluvial et des échanges routiers qui traversaient cette portion de la Casamance naturelle.
Des bars-restaurants, notamment le fameux « Fogny », le « Casa », le « Bar Touriste », le « Bar Kassoumaï », ainsi que des sites historiques aujourd’hui abandonnés, restent les témoins d’un passé florissant et Manguiline a été le cœur battant de l’économie de Bignona.
Ancien poumon écomique
L’école régionale et celle destinée aux filles y étaient installées. On y croisait de nombreux Mauritaniens et Libanais, parmi lesquels les familles Fall, Tall, Aïdara, Bougazelli, Kouéri, Savaya…
« Les bateaux chargés d’arachides et d’autres produits locaux passaient par ici. Ils ramenaient aussi de la marchandise venue d’ailleurs. Dans notre enfance, ce marigot était un véritable lieu de vie : nous y nagions et y pêchions quotidiennement », se remémore Pascal Sagna.
Cependant, au cours du XXe siècle, Manguiline a perdu sa vocation commerciale avec le déclin de l’économie coloniale et le bitumage de la route nationale. Progressivement, l’activité économique de Bignona s’est déplacée vers l’est de la ville.
L’ancien poumon économique de la commune fut aussi un grenier agricole grâce à la riziculture des bas-fonds. Avant le nouveau découpage administratif, Manguiline abritait le premier marché (aujourd’hui nommé « ancien marché »), la préfecture, le district sanitaire, l’ancienne gare routière, le poste de santé, etc. Ce quartier a vu naître et grandir d’éminentes personnalités.
Le premier maire par intérim de Bignona, avant même l’indépendance du Sénégal, Paul Ignace Coly, logeait à Manguiline. Ses successeurs, Édouard Sagna, Kémo Camara ou François Xavier Coly, en émanaient tous. « Presque tous les maires de Bignona, à l’exception d’Émile Badiane et Angrand Badiane, séjournaient ici », témoigne Pierre-Marie Coly, l’un des doyens de Manguiline.
« C’était un quartier attractif. Il y avait une profusion de palmiers, de manguiers, de fromagers, de caïlcédrats et d’arbres fruitiers. Et le marigot offrait une abondance de poissons. Les colons avaient déplacé de nombreuses familles, voulant construire leurs villas, mais le projet n’a pas abouti », relate le vieux Pierre-Marie, surnommé Baba, qui prit part, à l’époque, à l’écriture du Code du travail. Sa maison se situait à côté du marigot où poussent aujourd’hui de nombreux arbres.
Dans ce quartier calme et paisible, l’herbe a pris possession des cours et des ruelles. « Nous faisons le désherbage après l’hivernage. Si nous l’effectuons trop tôt, cela repousse. Ces herbes nous aident à freiner le ruissellement des eaux et évitent aussi que le sol soit glissant », explique Natalie Diatta, épouse de Pierre-Marie Coly.
Un système de canalisation, l’urgence absolue
En 1986, Manguiline a été marquée par d’importants travaux hydrauliques avec la construction du canal de Manguiline. Aujourd’hui, l’alimentation en eau et l’assainissement demeurent les défis majeurs du secteur qui reçoit les eaux en provenance du Plateau. « Nous sommes sur le versant de la ville. Les eaux du caniveau depuis Médina Plateau se déversent sur nos routes. Seule une canalisation adaptée permettra d’avoir de bonnes voiries », affirme le délégué de quartier.
Pascal Sagna et ses voisins déplorent aussi l’insuffisance de l’éclairage public. Par ailleurs, les femmes réclament un point de collecte des déchets. « Nous voulons un dépotoir d’ordures. Sonaged ne passe pas pour le ramassage. Nous brûlons nos ordures et cela a des conséquences sur l’environnement et la santé », plaident Mme Diatta et leurs camarades.
Au-delà de sa quiétude apparente, Manguiline a longtemps été un modèle de cohésion sociale. Ici, catholiques et musulmans vivent en parfaite harmonie. Aujourd’hui, chacun espère voir son quartier doté d’une case de santé et d’une école préscolaire afin de continuer à former l’élite de demain.