C’est une étape majeure pour le football sénégalais qui se tourne. Cheikhou Kouyaté, ancien capitaine des Lions et champion d’Afrique en 2022, a annoncé sa retraite ce vendredi. Après plus d’une décennie au service de l’équipe nationale, le milieu de terrain laisse l’image d’un pilier fiable, présent lors des grands rendez-vous.
« Aujourd’hui, c’est avec une grande émotion que j’annonce l’aboutissement de ma carrière de footballeur professionnel. Le football a été bien plus qu’un métier; c’était mon rêve d’enfant, ma passion et le chemin qui m’a permis de devenir l’homme que je suis aujourd’hui. J’ai eu l’honneur de porter les couleurs de grands clubs, de partager le vestiaire avec des joueurs extraordinaires et de défendre mon pays pendant de nombreuses années. Mais ma plus grande fierté restera d’avoir porté le maillot du Sénégal et d’avoir contribué à écrire une page historique de notre football: la conquête de notre première étoile continentale. Ce jour-là, nous avons offert à tout un peuple de la joie, de l’espoir et un souvenir éternel… ».
Les chiffres résument à eux seuls une carrière en sélection : 92 sélections et 4 buts, 5 Coupes d’Afrique des nations disputées, deux Coupes du monde (2018 et 2022) et, surtout, un sacre continental en 2022. Le tout dans un parcours marqué, comme le résume l’hommage qui circule ce vendredi, par « l’engagement, l’expérience et le sacre historique du Sénégal à la CAN 2021 ». Il a aussi fait partie de l’épopée des JO 2012 où il s’était révélé avec un certain Sadio Mané…
Milieu défensif, parfois utilisé en défense centrale, Kouyaté a toujours été un joueur sur lequel les sélectionneurs pouvaient compter. Il a traversé plusieurs générations de Lions, de la montée en puissance du groupe jusqu’à la consécration.
Le sacre de 2022, point d’orgue d’une génération
Le titre de champion d’Afrique, remporté lors de la CAN 2021 disputée début 2022 au Cameroun, reste le sommet de son parcours international. Pour le Sénégal, c’était le premier sacre continental de son histoire. Pour Cheikhou Kouyaté, présent dans le groupe depuis des années, c’était la récompense de longues campagnes parfois frustrantes.
Il a aussi porté le maillot national lors des Mondiaux 2018 et 2022, deux expériences qui ont installé les Lions parmi les équipes régulières de la scène mondiale.
Anderlecht, West Ham, Crystal Palace : un parcours européen solide
En club, Kouyaté a construit une belle carrière en Europe. Formé au Sénégal, il a débuté au RSC Anderlecht (2009-2014), où il a décroché quatre titres de champion de Belgique et deux Supercoupes.
Il a ensuite rejoint la Premier League, où il a cumulé près de 300 matchs : West Ham United (2014-2018), Crystal Palace (2018-2022), puis Nottingham Forest (2022-2024). Il a terminé par un passage en deuxième division turque, à Amedspor.
Cœur et courage
Dans une interview à la télévision sénégalaise Walf TV, Kouyaté a révélé vivre depuis sa naissance avec un problème cardiaque. Selon lui, cette condition était suivie de près par les clubs anglais où il a joué, mais elle a aussi compliqué certaines négociations, des clubs hésitant à lui proposer des contrats d’une durée plus longue. Une confidence qui éclaire d’un jour nouveau la longévité d’un joueur ayant évolué au plus haut niveau pendant des années.
Ces dernières semaines, Kouyaté était resté proche du groupe, présent dans l’entourage de la sélection pendant le Mondial 2026 sans fonction officielle clairement définie. Sa retraite, jamais annoncée jusque-là, vient désormais clore le chapitre de joueur. Reste à savoir quel rôle il choisira de jouer ensuite dans le football, lui qui avait envisagé de passer à l’encadrement des jeunes.
Dans un football où les carrières sont souvent éphémères, Cheikhou Kouyaté aura duré et gagné. Joueur de devoir plus que de lumière, il restera comme l’un des visages de la génération dorée qui a offert au Sénégal sa première CAN.
Et maintenant qu’il a tiré sa révérence, dans la discrétion comme le joueur qu’il était, difficile de ne pas penser à ces vers de Walt Whitman dans « Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! », où il rendait hommage à Abraham Lincoln après son assassinat le 14 avril 1865 : « Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Lève-toi pour écouter les cloches/ Lève-toi : pour toi le drapeau est hissé, pour toi la trompette sonne (…) ».
Certains retiendront peut-être les déclarations maladroites post Coupe du monde, mais ils n’oublieront jamais le joueur de talent, de devoir et de caractère. Le peuple entier chantera sans doute : Merci, Ô Capitaine ! Mon Capitaine !