Malgré des précipitations inégales dans certaines zones, le ministre chargé de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Cheikhou Oumar Ba, a présenté, hier, jeudi 8 octobre, les grands axes prioritaires de la campagne agricole 2026-2027. Après une tournée couvrant treize régions, il a mis en évidence la diffusion précoce des intrants et l’augmentation des surfaces cultivées rendue possible par le soutien matériel de l’État.
Le ministre a d’abord salué le dispositif de distribution des intrants aux ayants droit et le suivi qui l’a accompagné. Cette étape de la politique agricole a grandement contribué au succès enregistré dans de nombreuses localités. Dès le Conseil interministériel du 30 juin, le budget de l’opération a été fixé à 130 milliards de FCfa. L’objectif visait à atteindre 85 % de mise à disposition des intrants au plus tard le 10 juillet et 100 % au 31 juillet. « Ce calendrier a été respecté. Concrètement, au 31 juillet, les 100 % des intrants prévus étaient en place. Aujourd’hui, tout est bouclé. Les taux de mise en place et de cession atteignent parfois 99 % », a déclaré Cheikhou Oumar Ba en faisant le bilan de la campagne agricole 2026-2027 hier, le 8 octobre.
Les enlèvements de Npk, fertilisant composé d’azote, de phosphore et de potassium, auprès des industries chimiques ont atteint 107 000 tonnes, soit une progression de 15 % par rapport à l’exercice précédent, malgré la crise internationale ayant fait grimper le prix de l’urée. L’État a choisi de ne pas répercuter cette hausse sur les producteurs. « Avec un budget constant et un prix producteur inchangé, le gouvernement a maintenu les subventions, orientant 90 % d’entre elles vers les petits producteurs », a affirmé M. Ba.
Par ailleurs, la diversification est apparue comme un pilier majeur de la campagne. En plus des semences d’arachide, le dispositif a couvert les semences de céréales, de niébé, de sésame et de pastèque, ainsi que les amendements, la mécanisation, l’assurance agricole et la protection des végétaux. « Sous l’impulsion du président de la République, nous avons élargi les axes », a souligné le ministre, citant notamment le lancement du « Grenier de maïs » avec des semences hybrides prises en charge à 100 % dans le cadre d’un dispositif sous contrat.
La tutelle a ajouté que cette campagne a bénéficié d’une attention soutenue au sein du ministère. Le suivi a été permanent depuis juillet. Des missions régulières ont permis d’intervenir rapidement, y compris en remplaçant des opérateurs défaillants. Les commissions de distribution ont intégré un quota de 20 % pour les femmes et 10 % pour les jeunes.
Un stress hydrique persistant
Un dispositif de digitalisation, testé notamment à Nioro, est en cours de généralisation. « L’objectif, c’est que n’importe quel Sénégalais puisse, de manière transparente, vérifier par lui-même »
a expliqué Cheikh Oumar Ba.
Côté pluviométrie, certaines zones ont été particulièrement favorisées. À Louga et à Linguère, « les cultures se développent bien » avec une pluviométrie jugée très satisfaisante. Le bassin arachidier affiche également de bons résultats. Cette situation, combinée à un engouement des producteurs, a entraîné une hausse des superficies cultivées. « On peut avoir des baisses de rendement, mais qui sont compensées par le nombre de superficies », a-t-il fait remarquer.
La campagne reste toutefois marquée par le phénomène El Niño. « On savait qu’on allait avoir une situation pluviométrique relativement instable », a rappelé le ministre. Des pauses de deux à trois semaines ont, en effet, provoqué un stress hydrique important, surtout sur le maïs, l’arachide et le riz pluvial. Dans le département de Koungheul, « la quasi-totalité des céréales sont perdues » dans six communes. À Matam, la situation est également déficitaire, tandis que la crue du fleuve Gambie a inondé une quarantaine d’hectares à Salémata et à Kédougou. Sur le plan pastoral, le pâturage reste globalement disponible, mais les longues pauses ont généré un déficit fourrager marqué dans de nombreuses localités, entraînant déjà des départs précoces en transhumance. « Le déficit fourrager est très marqué, notamment dans la région de Matam, dans les départements de Linguère et de Louga », a-t-il reconnu.
Face à ces difficultés, le gouvernement a engagé un dispositif de réponse rapide et structuré. Un bilan des pertes sera établi après le 12 octobre, selon une méthode commune, avec des résultats attendus fin octobre. Les producteurs touchés bénéficieront d’un accompagnement calibré suivant la taille de l’exploitation et l’ampleur des pertes. Aussi, des semences de « niébé » et de pastèque seront mises à disposition gratuitement pour la période de soudure, là où il est encore possible de semer.