Adieu aux vieux véhicules usés, à la poussière et au désordre ! Le long de la clôture qui borde le stade Léopold Sédar Senghor, sur l’axe menant vers Yoff et Ngor, un ancien garage a été reconverti en un vaste espace végétal par des pépiniéristes. Entre fraîcheur ambiante, embellissement continu et dialogue avec le décor urbain, immersion au cœur d’un site qui s’impose désormais comme une vitrine verte pour la capitale.
Il est à peine 10 heures ce samedi 26 septembre 2026. La chaleur pesante de la saison des pluies accable déjà la ville. Progressivement, à mesure que l’on se rapproche du mur d’enceinte du stade Léopold Sédar Senghor, l’air semble se faire plus doux. Le décor se révèle d’emblée: une profusion de plantes d’ornement, de petits arbres fruitiers, des palmiers et des pots colorés alignés le long de la chaussée. Au-dessus du mur se profilent les pylônes imposants des projecteurs braqués vers l’intérieur de l’enceinte sportive. À l’extérieur, les bacs de pépinière longeant le mur s’étendent sur toute la longueur. Là où s’entassaient autrefois des pièces mécaniques abandonnées, des traces d’huile et des épaves de véhicules, la verdure a désormais repris ses droits. Juste à côté, l’atelier mécanique de l’ancien garage continue d’exister dans un espace plus restreint, sous un arbre vaste qui offre son ombre à plusieurs chauffeurs de transports clandestins (« clando »). Assis sur des bancs de bois, entre leurs véhicules garés côte à côte dans un espace resserré le long du passage piéton, ils discutent sereinement. Les feuillages et les fleurs viennent ainsi se mêler à cet univers automobile.
Une transformation au goût des riverains
Face au trafic ininterrompu qui anime les lieux, les pépiniéristes arrosent régulièrement leurs bacs et lèvent parfois les yeux vers la chaussée pour jauger les clients potentiels. Dans ces ateliers en plein air, chacun poursuit ses gestes répétés. Installé au milieu de ses plantes, Abdou Guèye, pépiniériste originaire de Touba, s’exprime avec énergie, un sourire aux lèvres et les yeux rivés sur ses produits. Il se remémore l’ancien visage du site en désignant les environs d’un geste ample: « Autrefois, le garage occupait tout l’espace ».
Un peu plus loin, Modou, qui préfère qu’on l’appelle « jardinier », a hérité le métier de son père. D’un naturel plus discret et absorbé par son travail, il répond par de brefs acquiescements tout en enchaînant les gestes avec précision. À ses pieds, des débris de filaos ramenés de Malika attendent d’être travaillés pour enrichir la terre. Profitant des vacances scolaires, ses deux petites filles viennent donner un coup de main. Ensemble, ils mélangent écorces, sable et eau pour préparer les sachets destinés aux jeunes pousses. Un chapeau artisanal sur la tête pour se protéger du soleil et il s’interrompt parfois lorsque quelqu’un s’approche. À ses côtés, Tapha Samb s’occupe de la peinture des contenants. Pinceau en main, il applique différentes couleurs sur des pots bruts achetés en gros, afin de mieux mettre en valeur les articles avant leur mise en vente.
Selon les jardiniers rencontrés sur place, l’installation sur ce tronçon résulte d’un déménagement décidé par la mairie de la Patte d’Oie, après leur départ des abords du lycée Blaise-Diagne en raison des travaux du Bus rapide (Brt). Aujourd’hui, l’activité dépasse largement le cadre du quartier. Abdou Guèye affirme observer chaque semaine des acheteurs venus de Touba, de Casamance, de Bambilor et même de Gambie. Pour lui, les plantes entretenues au pied du stade gagnent ensuite les cours, les écoles, les concessions ou les exploitations agricoles à travers le pays et la sous-région.
Parmi les personnes croisées sur place, Mass Thiam, originaire de Ngor, parcourt lentement les rangées, quelques cheveux gris émergeant de son képi. Il se faufile entre les plants à la recherche de ses variétés favorites et explique qu’il vient acheter des arbres pour son champ situé à Bambilor; il témoigne de la transformation du lieu. « Quand on s’approche d’ici, on ressent immédiatement la différence. Le site a complètement changé par rapport à l’ancien garage », affirme-t-il.
Quelques instants plus tard, il charge quelques pots dans son véhicule et s’éloigne. Fatou Sarr, habitante de Grand Médine qui contemple le décor, partage ce constat: « Il n’y a pas photo entre ce paysage et celui d’autrefois. C’est une vraie bouffée d’oxygène; il faut soutenir ces transformations ». Les pépiniéristes interrogés situent les débuts de leur installation sur ce terrain vers 2021, durant la période de la Covid-19, et précisent que leur activité s’est véritablement structurée sur ce site à partir de 2022. En quelques années, le travail quotidien de ces artisans de la terre a converti cet espace mécanique en une file d’alignements végétaux le long de la chaussée.