Neuf mois après la fin des formations du Programme d’autonomisation économique des femmes (PAEF), les groupements bénéficiaires demeurent actifs et poursuivent leurs activités. À Darou Khoudoss, les produits mis en valeur sur les stands attestent de cette dynamique : céréales locales retravaillées, savon artisanal, eau de Javel… Dans les six communes concernées, 1 348 femmes regroupées au sein de 215 GIE restent engagées dans leurs métiers et tirent progressivement des revenus de leur savoir-faire.
Pour apprécier concrètement les effets du programme, il faut déambuler entre les stands où défilent des sachets de céréales transformées, des pains et blocs de savon, ou encore des bouteilles d’eau de Javel soigneusement étiquetées. Ces produits ne représentent pas de simples échantillons issus d’une formation : ils sont conçus et commercialisés depuis plusieurs mois par les bénéficiaires du Programme d’autonomisation économique des femmes (PAEF) des Industries chimiques du Sénégal (ICS).
C’est tout l’esprit raised d’un rendez-vous organisé le 30 septembre 2026 à Darou Khoudoss pour la remise officielle des attestations de fin de formation. Une cérémonie particulière, puisque elle intervient neuf mois après les formations, dans le but d’évaluer l’impact réel sur le terrain.
1 348 femmes accompagnées dans six communes
Le programme, lancé en 2024 avec une phase pilote destinée à 153 femmes, a été étendu en 2025 à 1 348 femmes réparties dans 215 groupements, couvrant les communes de Taïba Ndiaye, Darou Khoudoss, Mboro, Méouane, Pire et Tivaouane, selon Sandrina Gomez, responsable du département Développement durable et RSE des ICS.
Les formations, assurées en partenariat avec l’Alliance sénégalaise pour le Consommer local et Women In Mining, portaient notamment sur la saponification, la transformation des céréales locales et l’élaboration de plans d’affaires.
Pour les organisateurs, la cérémonie a été décalée de quelques mois après la fin des formations afin de vérifier si les enseignements ont véritablement permis d’établir des activités économiques durables pour les bénéficiaires.
« 60 000 à 70 000 francs par mois » : le témoignage de Ndeye Mbaye
Parmi les allocutions officielles, le témoignage de Ndeye Mbaye a particulièrement retenti. Femme transformatrice, présidente du groupement « Sope Borom Daradji » et membre du Réseau des femmes et des jeunes pour le développement de Darou Khoudoss, elle a décrit les effets concrets du programme sur son activité.
« Cette formation n’a pas été une étape parmi d’autres. Elle nous a réellement permis de mettre en pratique ce que nous avons appris et de créer de petites activités génératrices de revenus », affirme-t-elle.
Son groupement produit chaque mois une barrique de 50 litres d’eau de Javel, soit environ 350 bouteilles, réparties entre les membres pour la commercialisation. À la clé, un bénéfice mensuel estimé entre 60 000 et 70 000 francs CFA.
« Ce résultat peut paraître modeste, mais pour nous, les femmes du groupement, il est d’une grande signification. C’est la preuve qu’une formation peut devenir un véritable outil d’autonomisation lorsque l’on dispose des moyens pour la mettre en pratique », souligne-t-elle.
Comme près de 250 autres femmes de l’arrondissement de Méouane, Ndeye Mbaye a aussi bénéficié d’une formation à l’élaboration d’un business plan. Une compétence qu’elle juge clé pour structurer davantage ses activités.
Pour franchir une étape supérieure, elle estime que les bénéficiaires ont désormais besoin d’un soutien financier. « La motivation et le savoir-faire sont présents. Ce dont nous avons besoin désormais, c’est d’appuis financiers et d’un accompagnement supplémentaire pour accroître notre production et permettre à davantage de femmes de percevoir des revenus réguliers », plaide-t-elle.
Des activités qui commencent à passer à l’échelle
D’autres bénéficiaires témoignent également des effets de l’accompagnement. Diama Ndiaye, formée à la transformation des céréales, explique avoir appris à réduire le gaspillage et à transmettre les compétences acquises aux autres membres de son GIE.
À Méouane, le groupement « Takku Ligueye », spécialisé dans la transformation des céréales, affiche aussi des résultats encourageants. Sa présidente, Yacine Ndiaye, évoque un bénéfice de 1,3 million de francs CFA enregistré en neuf mois.
Pour les ICS, ces résultats constituent un premier indicateur de la viabilité du programme. « Nous avons délibérément choisi d’organiser cette cérémonie neuf mois après la fin du programme afin d’observer l’impact. Et l’effet est tangible : les GIE restent formés et en activité », souligne Sandrina Gomez.

Le directeur général des ICS, Mama Sougoufara, s’est également félicité de la pérennité des activités. « Vos résultats parlent d’eux-mêmes. Le maintien de ces activités neuf mois après les formations est particulièrement encourageant. Vous aviez les capacités, il fallait créer les conditions. Le reste, vous l’avez construit », a-t-il déclaré.
Des unités de transformation annoncées dans les six communes
Les ICS entendent désormais soutenir une nouvelle étape. En 2027, l’entreprise prévoit d’établir une unité de transformation dans chacune des six communes concernées, afin de mutualiser les équipements, d’améliorer la qualité des produits et d’accroître les capacités de production.
« Les attestations que vous recevez aujourd’hui ne doivent pas être perçues comme une fin en soi, mais comme le début d’une nouvelle étape », a insisté le directeur général des ICS.
De son côté, Bousso Diop, représentant de Women In Mining, a invité les bénéficiaires à formaliser leurs GIE afin de gagner en accès aux marchés, notamment par la vente de leurs produits aux entreprises.
Au nom des maires de l’arrondissement de Méouane, Abdallah Tall a salué l’action des ICS en faveur du développement local.
La cérémonie s’est conclue par la remise des attestations et la distinction des meilleurs groupements. Pour Ndeye Mbaye, l’enjeu dépasse désormais le seul certificat : « Que ce document ne soit pas qu’un papier que nous conservons, mais le point de départ d’une nouvelle phase remplie de projets. »