Renforcer la coopération régionale afin de prévenir et lutter contre la désinformation transfrontalière dans l’espace AES et en Afrique de l’Ouest, tout en favorisant la cohésion sociale, la paix et la résilience informationnelle, c’est ce que visent les acteurs des médias sous régionale. D’où, la tenue à Dakar d’une conférence sous-régionale (du 6 au 7 octobre) sur la thématique dont le but est de jeter les bases du réseau « West Africa Info watch ».
Face à la prolifération des fake news et des deepfakes, les professionnels des médias africains et les organisations de la société civile estiment qu’il est urgent de mettre en place des mécanismes durables de veille, d’alerte et de réponse, tout en priorisant des actions concrètes en matière d’éducation aux médias, de renforcement des capacités et de production de contenus fiables en langues locales. Ces productions, selon eux, doivent répondre aux défis identifiés et contribuer à la stabilité démocratique, à la paix et à la sécurité sous-régionales.
« Face à une menace transfrontalière, une défense collective est efficace. Cette conférence nous est donc utile, car elle représente un espace de convergence, d’apprentissage et de co-construction », a déclaré le Coordonnateur Benbéré, Abdoulaye Guindo.
Ainsi, durant ces deux jours, les professionnels des médias passeront au crible les diverses formes de désinformation. Ils examineront les difficultés liées à l’utilisation de l’intelligence artificielle et réfléchiront aussi aux idées suscitées par des organisations civiles, des instituts et des plateformes civiques.
Mais l’objectif le plus ambitieux demeure la construction d’un mécanisme durable et coopératif, capable d’alimenter, de partager et d’échanger les bonnes pratiques, afin de renforcer ensemble la résilience informationnelle.
« Notre ambition est simple : transformer cette rencontre en une politique spécifique et pérenne, faire en sorte que les journalistes, les chercheurs, les particuliers, les organisations civiles et les citoyens restent connectés, car l’information circule aussi en réseau », a ajouté l’un des organisateurs.
Selon DataReportal, à début 2026, le total des utilisateurs d’Internet dans les 16 pays d’Afrique de l’Ouest s’élevait à 196 072 000, et le nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux dans la région était de 99 732 000.
En pratique, l’ambition de poser les bases du réseau « West Africa Info watch » offre l’opportunité, selon Djibril Seydou, représentant du Sahel auprès de l’International Media Support (IMS), de mettre en place un mécanisme régional permanent d’alerte, de partage d’informations et de réponses appropriées et efficaces.
« Notre crédibilité dépendra de notre capacité à définir ensemble une vision claire d’une gouvernance inclusive et d’un mode de collaboration réaliste, assorti d’une réunion opérationnelle pour les années à venir. J’invite donc chaque participant à s’emparer avec détermination de l’expertise et de l’esprit de l’opération », a conclu Djibril Seydou.
Élaborer les mécanismes adaptés aux langues africaines
Pour le représentant de l’IMS, l’investissement doit porter sur les compétences humaines et techniques, le soutien aux médias et aux organisations locales, et le développement de mécanismes qui prennent en compte les langues du continent. Il plaide en faveur de l’éducation aux médias et d’un équilibre indispensable entre la lutte contre les contenus préjudiciables et la protection de la liberté d’expression.
De son côté, Nille Gry Olesen, chef de mission adjointe à l’ambassade royale du Danemark à Dakar, rappelle qu’une information « fiable » permet à chacun de comprendre les décisions qui le concernent, de poser des questions et de faire ses propres choix.
« Nous devons investir dans la confiance. Vérifier et corriger les fausses informations est essentiel. Mais il faut aussi offrir aux citoyens un journalisme de qualité, des sources variées et des informations utiles à leur quotidien. Cela exige des médias indépendants dotés des moyens adéquats et des journalistes capables d’enquêter sans craindre pour leur sécurité », a-t-elle soutenu.
La représentante de l’ambassade danoise à Dakar souligne également que la lutte contre la désinformation doit protéger la liberté d’expression et respecter les droits humains.
« Elle ne doit jamais servir de prétexte pour faire taire les voix critiques ou entraver le travail des journalistes. Cette responsabilité incombe aussi aux plateformes numériques. Elles doivent mieux prendre en compte les langues et les réalités locales », a-t-elle affirmé.
Elle appelle à renforcer la coopération régionale, car les campagnes de désinformation traversent les frontières et se diffusent dans plusieurs langues. Selon elle, les acteurs qui les détectent doivent pouvoir partager rapidement leurs analyses et leurs alertes afin de mieux y répondre ensemble.