Des pluies diluviennes qui se sont abattues dimanche 4 octobre sur l’unité 7 des Parcelles Assainies ont coûté la vie à deux habitants : A. Sène, âgée de 25 ans, et son fils Mb. Gningue, âgé d’environ 3 à 4 ans. Dans ce quartier, les habitants réclament la mise en place d’un système efficace d’évacuation des eaux ainsi que le pavage des rues.
Lundi 5 octobre 2026, douze heures après les précipitations, le soleil illumine Dakar, mais le souvenir des fortes pluies et des inondations persiste. Aux Parcelles Assainies, unité 7, l’atmosphère est lourde de tristesse, d’émoi et de consternation. C’est l’un des secteurs les plus touchés.
Sur place, des hommes, des femmes et des jeunes s’affairent à pomper l’eau qui envahit les habitations et les rues. Des vêtements mouillés, des valises et divers objets de valeur flottent à la surface, tandis que des détritus de toute sorte jonchent le sol.
Devant la maison mortuaire, dont le mur de clôture a été abîmé par les intempéries, une chaîne humaine s’est formée. Des jeunes, munis de seaux, s’activent à extraire l’eau et à dégager les accès. Selon le commissaire Sow, responsable des Parcelles Assainies, c’est dimanche 4 octobre, vers 18 h 30, qu’il a été informé du décès de deux personnes : A. Sène, 25 ans, et son fils Mb. Gningue, âgé d’environ 3 à 4 ans.
Selon Soulèye Serigne Thiané, gestionnaire de la salle du foyer socio-culturel Demba Dia, une autre victime est à déplorer : Pape Alassane Faye, blessé lors de l’épisode pluvieux. Le jeune homme souffre d’un traumatisme au genou droit et à la cheville de ce même pied, avec quelques égratignures. Il est pris en charge par la mairie des Parcelles Assainies. D’après Fallou Sarr, gérant de cette structure où vivaient 36 personnes, les pluies du 4 octobre ont causé des dégâts importants.
« L’eau est arrivée avec une vitesse folle ; elle débordait de partout. Nous chargions des sacs de sable pour freiner l’inondation, tandis que d’autres tentaient de tracer des canaux d’évacuation », raconte-t-il. C’est à ce moment que le mur de clôture s’est écroulé dans une partie de la demeure, permettant à l’eau d’entrer. Les deux victimes, qui dormaient, ont été surprises par la montée des eaux.
Nuit blanche
Face à l’ampleur de la catastrophe, les résidents qui partageaient ce lieu se sont réfugiés au premier étage, tandis que les disparitions se faisaient sentir dans la pénombre. « Depuis 48 heures, nous dormons à la belle étoile ; d’autres ont trouvé refuge à la mairie des Parcelles Assainies. Nos vêtements, nos affaires et nos provisions ont été perdus, mais nous remercions malgré tout Dieu », témoigne en pleurs Fallou Sarr.
Pour Ousmane Sarr, habitant de l’unité 7, la vie dans cette cité Senelec est un véritable calvaire à chaque épisode pluvieux depuis plus de vingt ans. « Je mesure près de 1,95 m; mon petit frère, plus grand que moi, a failli se noyer en entrant dans la maison. Des jeunes du quartier ont improvisé une échelle pour franchir la façade voisine et ramener les deux victimes, qui étaient déjà sans vie », relate-t-il. Il dénonce l’absence d’un système efficace d’évacuation des eaux et l’absence de curage des canaux, l’ensablement qui crée des pentes dangereuses, ainsi que le dépôt de gravats par certains chauffeurs de camions dans le quartier. « Nous avons besoin d’un pavage des rues », lance-t-il, tout comme Oustaz Baye Thiam, de l’école franco-arabe El Hadji Omar Ngoné, qui partage ce même cri du cœur.
Le locataire de la maison endeuillée, Youssoupha Ba, confie : « Je vis ici depuis deux ans, mais jamais nous n’avons connu une telle scène. Nous avons tout perdu : vêtements, téléphones, matelas, couvertures ». Son colocataire, Ibrahima Diongue, ouvrier dans une usine de biscuits, acquiesce, le regard égaré : il a perdu des sommes d’argent. À l’école franco-arabe Mame Diarra Bousso, située dans l’unité 7 des Parcelles Assainies, l’enceinte est aussi engloutie par les eaux, et un pan du mur s’est effondré.
Khadim Ndiaye, lycéen en seconde au lycée des Parcelles Assainies, raconte : « Nous avons tenté d’évacuer l’eau jusqu’à 2 heures du matin. Le lendemain, nous sommes revenus à la charge à 9 heures. Les dégâts matériels sont importants. Le système de pompage de l’Onas ne fonctionne pas correctement ; l’eau des pluies s’est mêlée à celle des fosses septiques ».
Sadikh Sène, agent à l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas), confirme que ses appareils électroménagers, matelas, habits et chaussures ont été mouillés. « Le dispositif pompait normalement, mais l’ampleur des précipitations était telle que les deux stations ne remplissaient pas les mêmes rôles : l’une traitait les eaux pluviales, l’autre les eaux usées », précise-t-il. Au foyer socio-éducatif Demba Dia, quinze sinistrés de nationalités diverses bénéficient d’un hébergement d’urgence et l’inventaire des biens perdus a été dressé. En milieu d’après-midi, le ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé, et le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Dr Cheikh Tidiane Dièye, se sont rendus aux Parcelles Assainies afin de transmettre les condoléances et le soutien du chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye.