À Dakar, des Almadies jusqu’à Ngor et au marché Petersen, une jeunesse qui façonne un style inédit s’impose: le « Taper ». Ce phénomène, alimenté par les réseaux sociaux et l’influence afro-américaine, bénéficie aux salons et aux commerces, tout en suscitant l’inquiétude des parents.
Il est onze heures, l’heure de la pause au lycée Jean-Mermoz de Dakar. Dans la cour, des groupes d’élèves se déplacent çà et là, filles et garçons. Dans cet établissement où l’enseignement se fait en français, la langue de Molière veille, mais c’est un autre langage qui prend de l’ampleur, celui de l’apparence. Chez les garçons, au-delà des vêtements larges, des pantalons décontractés et des tee-shirts oversize, c’est surtout la coiffure qui attire l’attention. Le « Taper », qui est une adaptation anglaise du verbe « rétrécir », puise ses origines dans la communauté afro-américaine et a gagné en popularité au début des années 1980 à New York, avant de se propager dans tout les États-Unis via la culture hip-hop. Le style joue sur les contrastes: nuque presque dépourvue de cheveux, côtés rasés très courts et sommet du crâne abondamment fourni; en somme, un dégradé qui se décline en multiples longueurs.
Rassoul est parfaitement habillé dans son pantalon noir ample et son tee-shirt blanc. Sur sa tête, le « Taper », que d’autres appellent « dégradé », est devenu sa coiffure de prédilection depuis presque deux ans. Ses parents avaient d’abord émis des réserves, jugeant la coupe inappropriée et… dégradante. « La coiffure est stylée et, en tant que jeune, on aime bien. On peut dire qu’elle vous rend un peu plus beau et convient à toutes les formes de tête. Je paie entre 5 000 et 10 000 FCfa la coupe. Les prix dépendent des barbiers et des quartiers », raconte l’élève en classe de Première.
Pour son camarade Mouha, l’influence vient de son propre grand frère. Il a trouvé cela « nice » et a commencé à adopter le « Taper ». Ses parents ne disent rien. S’il était plus jeune, ils auraient réagi, mais là, non, confie-t-il. « Les tarifications varient selon le service souhaité. Par exemple, il m’arrive d’appeler mon coiffeur pour qu’il passe me coiffer à domicile et je le paie 15 000 FCfa. Mais si je me rends chez lui, je paie 10 000 FCfa », précise-t-il. Pour les tenues amples, notamment les jeans et les tee-shirts, l’élève déclare qu’en plus d’être tendance, la tenue est très confortable à porter et s’accorde avec la coiffure, les sandales et les tote-bags.