Youssou Ndour demeure tel un arbre majestueux planté au cœur du village. On peut le contourner, émettre des critiques sur ses branches qui s’étendent trop loin, déplorer que ses fruits aient perdu un peu de leur douceur, et pourtant il résiste, là, imposant et enraciné.
Depuis quatre décennies, il chante, il investit, il s’engage, naviguant sans cesse entre le business, la politique et la musique, et malgré tout, il reste l’un des symboles les plus répandus et étincelants du Sénégal.
Il a chanté pour tous et partout. Dans les stades pleins de Dakar, dans les couloirs feutrés des palais présidentiels, sur les plateaux télé en Europe où il démontrait à des animateurs médusés qu’un artiste africain peut remplir Bercy sans posséder de passeport français. Il a traversé les décennies avec ce sourire qui ne change pas, cette voix inusable, ce talent pour être présent, partout, en même temps.
L’artiste, l’entrepreneur, le politique
Il y a le Youssou des débuts, celui du Super Étoile, du mbalax pur et dur, de Set et de Birima. Le Youssou qui enflamme les nuits dakaroises et fait danser les mères sur des cassettes audio qui grincent. Puis vient le Youssou international, l’homme du duo 7 Seconds avec Neneh Cherry, celui qui s’associe à Peter Gabriel et qui se retrouve jouer lors des cérémonies où les vedettes hollywoodiennes hochent la tête sans toujours situer le Sénégal sur la carte.
Et puis, il y a eu le Youssou entrepreneur. GFM, L’Observateur, TFM, la presse, la télévision, les jus de fruits, les hôtels… Il a tout compris avant les autres. Il a bâti un empire médiatique pendant que d’autres se contentaient d’être les griots du pouvoir. Il s’est imposé comme un patron respecté, parfois redouté, souvent critiqué.
Enfin, il y a eu le Youssou politique. Ministre de la Culture et du Tourisme sous Macky Sall, une parenthèse ambiguë, peut-être un costume trop étroit. Il est resté ministre-conseiller, naviguant entre les sphères du pouvoir et celles des affaires, sans jamais réellement raccrocher le micro. Parce que Youssou, quoi qu’on en dise, reste d’abord un chanteur.
Un symbole qui dépasse les critiques
On lui a posé mille questions sur ce qu’il représentait: trop proche du pouvoir, éloigné de son peuple, art devenu produit. Mais au fond, peu importe. Il est là, encore et toujours. Lorsque le Sénégal a besoin d’une voix pour l’incarner, on fait appel à lui. Quand un président étranger cherche un ambassadeur culturel, c’est encore lui qui se présente. Quand il faut afficher le visage du pays à l’international, qui d’autre sinon lui ?
Il aurait pu rester un simple chanteur. Il a choisi d’être un monument vivant.
Alors oui, il n’est plus l’artiste rebelle des débuts. Oui, il jongle entre ses multiples casquettes avec une aisance parfois déconcertante. Mais il demeure debout, une fierté nationale, capables de rappeler au monde, en une seule chanson, ce qu’est le Sénégal.
Merci, pour ce que tu représentes pour ce pays. Même lorsque l’on te reproche.