Nombreux combattants ont laissé une trace marquante dans le monde du sport avant de se réinventer ou de changer de cap une fois leur carrière terminée. Dans la rubrique « Que sont-ils devenus ? », on suit la vie qui suit la compétition. Aujourd’hui, attention portée sur Khadim Ndiaye, ancien international sénégalais de boxe, qui, classé quatrième mondial en 2007, est devenu un incontournable du milieu des arènes en formant les rois des rings avec ses poulains Balla Gaye 2 et Sa Thiès.
Khadim Ndiaye est né pour être champion. Sa carrière de boxeur professionnel, jalonnée de déplacements, de podiums et de combats mémorables, a largement démontré sa vocation. Originaire du quartier Colobane Angle Mousse à Dakar, il grandit ensuite à Guédiawaye après qu’un incendie ait dévasté le foyer familial. « Il y a eu un incendie qui avait ravagé nos maisons. C’est ainsi que l’État nous avait délogés pour nous reloger à Guédiawaye », raconte-t-il.
Le jeune Khadim fréquente brièvement l’école française avant de renoncer. « Je me suis arrêté, comme on dit parfois en se moquant, en classe de « nandité », soit en CM2. C’est le sport qui a freiné mes études. J’étais d’abord un bon footballeur. On me surnommait Maradona », se souvient-il.
Mais c’est finalement la boxe qui va changer le cours de sa vie. Le jeune homme est envoyé dans un atelier de menuiserie métallique à « Difoncé », en ville. Il y fait la connaissance d’un jeune homme issu de la famille Mendy, venu passer des vacances et apprendre le métier. Un vendredi, celui-ci ne se présente pas à l’atelier. Le lendemain, Khadim lui demande pourquoi. Son camarade explique qu’il était allé assister à un combat de boxe donné par son oncle paternel, Emmanuel Mendy.
Intrigué, Khadim veut en savoir davantage. Il demande à découvrir cette discipline qui le passionne aussi. Le rendez-vous est fixé pour le lundi suivant. « C’est ainsi que j’ai croisé dans la salle l’un des formateurs, Mamadou Kane, surnommé Pa Kane. Je m’y suis inscrit tout de suite et j’ai commencé les entraînements. C’était en 1991 », précise-t-il. Dès ses débuts, les principaux techniciens tentent de le décourager.
Il apprend, progresse et gagne rapidement en puissance. Sa première participation au championnat du Sénégal devient un véritable révélateur. À l’époque, la compétition se divisait en deux catégories : espoirs et élites. Une prestation convaincante chez les espoirs permet d’accéder à l’élite. « Je participe au championnat sénégalais en tant que débutant et je le domine magistralement dans la catégorie des 71 kg », se remémore-t-il. Ses performances attirent rapidement l’attention des techniciens, notamment l’entraîneur national Alexis Tavares et le directeur technique national Joseph Diouf. « Ils ont vu en moi les qualités d’un futur grand. Ils m’ont sélectionné pour l’équipe nationale de boxe », raconte-t-il.
Le talent de Khadim Ndiaye prend alors une envergure internationale. En 1993, seulement deux ans après ses débuts, il est retenu pour une sélection africaine organisée à Abidjan. La concurrence est rude. Parmi les Sénégalais présents figurent Djibril Kandji de l’Asfa et Pape Sow. Khadim Ndiaye impressionne les techniciens et devient le seul Sénégalais retenu.
Dans une sélection réunissant les meilleurs boxeurs de plusieurs pays africains, il décroche la médaille d’or et fait partie des quatre combattants africains sélectionnés. « C’est après cela que nous avons obtenu une bourse pour aller nous affûter à l’Insep de Paris, en tant que porte-drapeau de tout l’Afrique », révèle-t-il. À l’Insep, il confirme son potentiel et se range parmi les deux meilleurs jeunes boxeurs africains de l’époque.
Son parcours le conduit ensuite en Indonésie pour une compétition de classement mondial. En 2007, il atteint la quatrième place au niveau mondial. « Mon record n’est pas encore battu. C’est Pape Sow, extrêmement doué et fort, qui m’a dépassé dans le classement mondial par la suite, puisqu’il est le sixième », précise-t-il.
Ses performances retiennent également l’attention en France. Des responsables français auraient souhaité le naturaliser. Il refuse. « Le directeur de l’Insep à Paris et le ministre en charge des Sports m’avaient proposé de prendre la nationalité française, mais je n’ai pas accepté. Je suis resté fier d’être un fidèle représentant du Sénégal », affirme-t-il.
Et d’ajouter : « Je n’ai jamais voulu trahir mon drapeau. J’aime mon pays et j’ai énormément peiné pour ma carrière ». Khadim Ndiaye affirme avoir disputé 384 combats et avoir epuisé plusieurs passeports à force d’enchaîner les visas. De l’enceinte du ring aux Jeux africains, des Jeux de la Francophonie aux Championnats d’Afrique, son parcours est jalonné de compétitions internationales et de podiums.
Il assure avoir été deux fois champion d’Afrique. Il avait également été qualifié pour les Jeux olympiques d’Athènes. Mais une maladie l’empêche finalement d’y participer et il est remplacé par le militaire Djibril Fall de l’Asfa. En 2009, après avoir arpenté le monde et porté les couleurs du Sénégal, Khadim Ndiaye décide de tourner la page. « J’ai défendu partout les couleurs du Sénégal et j’ai énormément peiné pour honorer le drapeau, mais je n’ai pas reçu la reconnaissance des autorités et j’ai mis un terme à ma carrière », avoue-t-il, la voix chargée d’émotion.
Mais la retraite sportive ne signe pas la fin de l’aventure. Avant même de raccrocher, Khadim Ndiaye avait commencé à former et à coacher. Progressivement, il devient entraîneur et met son expérience de boxeur au service des lutteurs. Vers la fin de sa carrière, il rejoint l’écurie Mermoz de Kamal Salamé. Là, il côtoie plusieurs grands noms de la lutte : Khadim Ndiaye, Mor Fadam… L’initiative n’allait pas sans risques. C’est avec Balla Gaye 2 que son aventure dans le monde des arènes prend une nouvelle dimension.
Leur rencontre survient en 2011, grâce à Aziz Ndiaye, alors que le fils de Double Less doit affronter Tyson. Guy, préparateur physique de l’Olympique Club, les met en relation. « J’étais déjà entraîneur dans la salle de l’Olympique Club. Lors de notre entrevue, Aziz Ndiaye m’a dit qu’il voulait pouvoir préparer son boxeur afin qu’il n’encaisse pas les coups de Tyson », raconte-t-il. Le défi l’attire. Il propose un programme d’entraînement que Balla Gaye 2 suive à la lettre.
Les séances se déroulent sans accroc. Khadim insiste sur les déplacements, l’évitement et la protection contre la main droite de Tyson, tout en valorisant les qualités intrinsèques de son poulain. Le jour du combat, le 31 juillet 2011, il lui demande surtout d’être agressif afin de déstabiliser son adversaire. Balla Gaye 2 applique les consignes et triomphe de façon spectaculaire. L’expérience se renouvelle pour le duel contre Yékini, le 22 avril 2012. La victoire de Balla Gaye 2 sur Yékini le hisse au rang de Roi des arènes. « C’est moi qui l’ai fait Roi des arènes, puisque c’est moi qui l’avais préparé en boxe », confie-t-il.
Après avoir hissé Balla Gaye 2 vers les sommets, l’ancien internationnal poursuit son travail avec la famille de Double Less. Cette fois, Sa Thiès est confié à ses soins. Après la défaite du cadet de Balla Gaye 2 face à Malick Niang, le 1er mai 2013, son frère fait appel à Khadim pour relancer le jeune boxeur. Coach Khadim accepte le défi. Il travaille les lacunes de Sa Thiès dans les combats et restaure sa confiance. Le résultat ne tarde pas à venir.
Le 27 avril 2014, Sa Thiès domine Jordan, membre de l’écurie Tay Shinger de Pikine et poulain d’Eumeu Sène, de manière impressionnante. Après sa victoire sur Zarco, le 22 juin 2025, Sa Thiès se rapproche davantage du sommet et se voit offrir la perspective du duel royal contre Modou Lô. Albourakh Events officialise l’affiche, programmée pour le 5 avril 2026. Pour Khadim Ndiaye, ce combat nécessitait une préparation particulière. « Quand ce choc s’est dessiné, j’ai donné des conseils précieux à Sa Thiès. Je lui ai dit qu’il devait accepter qu’en battant Modou Lô, il faut être physiquement plus fort, plus explosif, plus vif, prêt sur le plan technico-tactique et prêt à tout donner », affirme le coach.
Le message est entendu. Sa Thiès s’entraîne sérieusement, avec l’ensemble de son staff, afin d’aborder ce rendez-vous avec les meilleures armes possibles face au champion. Le résultat parle de lui-même : il détrône Modou Lô et devient à son tour Roi des arènes. D’ancien boxeur international sénégalais, classé quatrième mondial en 2007, devenu artisan du titre suprême des arènes, Khadim Ndiaye a marqué son époque.