Après avoir fui les combats et tout laissé derrière elles, les femmes des villages revenus en Casamance s’efforcent aujourd’hui de rebâtir leur vie au sein de territoires fortement isolés. Rassemblées sur l’initiative de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance (PFPC), elles ont exposé leurs obstacles et exprimé une même exigence : accéder à la formation, au financement et aux marchés pour renouer avec leur autonomie.
ZIGUINCHOR – Même la paix retrouvée ne suffit pas à effacer les traces du conflit. Dans les villages qui reviennent dans la Casamance, les femmes continuent de devoir gérer l’enclavement, le manque d’infrastructures, l’insuffisance de financements et des activités économiques qui peinent à prendre leur essor. À l’occasion de la Journée internationale de la paix, célébrée cette année avec quelque retard dans le sud du pays, la PFPC, en partenariat avec ses alliés, a organisé un forum autour de « Autonomisation et dignité retrouvées : un retour réussi pour les déplacés de la Casamance ». Cette rencontre, marquée par l’enthousiasme des femmes venues de Tambouille, Djigoudière, Kandiadiou et d’autres villages touchés par le conflit, s’est aussi prolongée par un mini-marché présentant leurs produits. Plusieurs institutions publiques, dont le Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip), l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (Anrac) et le Bureau de mise à niveau (Bmn), ont assisté aux échanges. Pour Léonie Gomis, vice-présidente de la PFPC, il est désormais urgent de faire du retour dans les villages une véritable opportunité de reconstruction économique.
« Ces femmes vivent dans une précarité persistante et dans des zones d’un enclavement marqué. Elles avaient quitté leurs villages en laissant tout derrière elles. Aujourd’hui, leur retour doit s’inscrire dans une vraie démarche d’autonomisation à leur profit. La PFPC, épaulée par ses partenaires, demeure résolue à les soutenir », affirme-t-elle.
Isolement, ressources insuffisantes et accès au marché bloqué
À Kadiadiou, près de la frontière gambienne, les obstacles s’ajoutent d’une autre manière. Sokhna Jammeh, active au sein du GIE « Ussoforal », œuvre dans la savonnerie, mais déplore un manque de savoir-faire technique et de moyens financiers.
« Nous avons besoin de formations pour maîtriser les procédés de production. Le financement est aussi indispensable, mais l’accès demeure difficile. Nous sommes bien plus proches de la Gambie que du Sénégal », déclare-t-elle.
Cette proximité avec la Gambie représente à la fois un frein et une chance.
« Nous vendons nos produits en Gambie, mais nous aspirons à pénétrer le marché sénégalais. Beaucoup de femmes des villages revenus partagent cet objectif. L’État doit nous soutenir, car l’enclavement de nos localités freine véritablement nos efforts », plaide-t-elle.
À Djicoudière, dans le canton de Bignona, commune de Djibidionne, la situation est tout aussi alarmante. Safiétou Diémé, active au sein du GIE « Kassofor », déplore le manque de reconnaissance de leur groupement et le manque flagrant d’infrastructures.
« Nous sommes récemment revenus dans notre village, où tout manque ou presque. On nous parle des financements de la DER-FJ, mais nous n’en profitons pas encore réellement. Il n’y a ni école ni routes. Nos enfants sont sénégalais, mais quelques-uns ne maîtrisent même pas le français », déplore-t-elle.
Même constat à Djirack, dans le district d’Oussouye, où le potentiel économique demeure réel. Les femmes gèrent un périmètre maraîcher et se lancent également dans la production d’huîtres. Toutefois, faute de matériels, ces ressources restent largement sous-exploitées.
« Nous possédons des terres très fertiles, mais depuis notre retour, nous avons le sentiment d’être livrées à nous-mêmes. Notre périmètre maraîcher ne fonctionne pas parce qu’il nous manque le nécessaire : une clôture, un puits et un appui financier », souligne Mariama Badji.
Son GIE exploite également les huîtres, une activité qui, selon elle, pourrait rapporter davantage si les ressources suivaient.
« La production d’huîtres est très lucrative, mais il nous faut une pirogue pour atteindre les bolongs. Pour l’instant, nous sommes contraintes de marcher pour obtenir le produit, ce qui complique énormément la tâche », raconte-t-elle.
Cependant, les ambitions restent nombreuses.
« Nous souhaitons nous engager dans la transformation des fruits et légumes. Notre village regorge de potentialités, mais le principal frein demeure l’absence d’un accompagnement conséquent », conclut Mariama Badji.
À travers ces récits, le même enseignement se dégage. Le retour dans les villages ne peut plus se limiter à un simple retour au domicile : la paix doit se traduire par des routes, des infrastructures, des formations, des financements et un accès effectif aux marchés. Pour ces femmes, reconstruire équivaut désormais à vivre dignement dans leur localité et à y construire un avenir pérenne.