Pour la toute première fois dans le paysage universitaire du Sénégal, le Camp citoyen mis en œuvre à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis a réuni près de cinq cents étudiants sur une période de quatorze jours, articulant formation civique et patriotique, discipline militaire, pratique sportive et actions communautaires. Dans cet entretien, le coordonnateur du Camp citoyen, le professeur Dah Dieng, évoque les intentions profondes de cette démarche, l’accueil réservé par les étudiants, les enseignements tirés de cette première édition et les perspectives de durabilité et d’extension du programme.
Le Camp citoyen constitue une expérimentation inédite dans le cadre universitaire sénégalais et rassemble environ 500 étudiants sur deux semaines. Quelles sont les ambitions fondamentales de cette initiative et quel besoin social cherche-t-elle à combler auprès de la jeunesse étudiante ?
L’Université Gaston Berger forme des étudiants qui sortent généralement avec des connaissances solides et des compétences tant théoriques que pratiques leur permettant d’aborder le monde professionnel et de s’insérer dans la vie active. Toutefois, comme dans le reste de la société, il leur manque des valeurs citoyennes telles que le civisme, le patriotisme, le respect de l’autorité, la considération envers autrui et la protection de leur environnement. Cette constation partagée a rendu nécessaire l’institution d’un cadre visant à leur transmettre, outre les enseignements académiques, des valeurs humaines essentielles, afin d’enrichir leur horizon humain.
Le Camp associe formation civique et citoyenne, patriotique, discipline militaire, sport et activités communautaires. Comment avez-vous pensé l’équilibre entre l’acquisition académique et cette immersion dans un cadre militaire ?
Autant que l’être humain, l’individu a intérêt à cultiver un équilibre entre le corps et l’esprit, le comportement personnel et la vie en société, dans un cadre propice à son épanouissement tant physique que psychologique. Les professionnels de l’armée incarnent, dans leur vie professionnelle, ces valeurs et inspirent naturellement le respect. Par ailleurs, les missions de l’armée ne se limitent pas à la défense du territoire ou à la sécurité des populations. Dans les piliers du concept Armée-Nation figure l’essor civique et patriotique par l’éducation des jeunes à des vertus comme la rigueur, la discipline, le civisme, le patriotisme, le respect, le sens du devoir et l’engagement citoyen. C’est pourquoi l’Université a accueilli favorablement la collaboration étroite avec les autorités militaires pour organiser le Camp citoyen, afin d’imprégner les étudiants de ces nobles valeurs et de renforcer les femmes et les hommes déjà très solidement formés sur le plan académique.
Les étudiants vivent ce camp sous une dynamique militaire, encadrés par les Forces de défense et de sécurité. Comment ont-ils accueilli cette expérience et quelles sont, à ce jour, leurs réactions ou difficultés majeures ?
Ils ont accueilli le Camp citoyen avec un esprit positif malgré le fait que ce programme s’inscrit dans une période académique particulièrement exigeante et dense. Le démarrage s’est produit trois jours seulement après la clôture de l’année universitaire, conformément au calendrier rétabli. L’enthousiasme et l’implication affichés par les participants ont fortement marqué les encadreurs militaires. D’ailleurs, nombre de camarades qui n’étaient pas inscrits à temps ont rejoint le groupe, cherchant à prendre part à cette initiative remarquable.
Le programme prévoit également des actions de service communautaire, telles que le reboisement, des dons de sang, des consultations médicales et des opérations de gestion des déchets. Pourquoi était-il crucial de lier la formation citoyenne à des actions concrètes sur le terrain ?
La citoyenneté repose en partie sur le fait de servir son environnement. Toutes les missions des Forces de défense et de sécurité visent la communauté : défendre le territoire, protéger la cité, sécuriser les biens et les personnes, maintenir la paix et favoriser la cohésion nationale. Il est donc naturel que les valeurs transmises trouvent leur traduction sur le terrain par des actions tangibles au service de la société. Le Camp citoyen permet justement d’apprendre à être utile à son entourage par diverses formes d’engagement. Ainsi, parallèlement aux modules théoriques, les étudiants ont mené des activités concrètes comme le reboisement, le ramassage et la gestion des déchets sur le campus, et même des dons de sang. L’initiative a également permis d’organiser une opération de soins pour une cinquantaine d’enfants des quartiers avoisinants, en leur assurant des soins et en leur offrant, juste avant leur rétablissement, un Kassak géant animé par des étudiants.
Les termes de référence du Camp citoyen présentent cet espace comme un lieu d’échange entre les étudiants et les institutions de la République. Qu’attendez-vous de cette rencontre entre une jeunesse universitaire et les Forces de défense et de sécurité ?
Traditionnellement, les échanges entre étudiants et les Forces de défense et de sécurité se prennent souvent dans le cadre de périodes de luttes ou de grèves. Le Camp citoyen a pour objectif de transformer ces momentanéités conflictuelles en occasions d’échanges et de partage sur les valeurs et les missions des FDS. Les sessions de formation ont été principalement interactives et les encadreurs du secteur militaire, accompagnés d’universitaires et d’experts, ont transmis des savoirs et des pratiques qui encouragent les étudiants à adopter une discipline, à respecter autrui, à observer l’autorité, et à prendre soin de leur environnement. Il est espéré que ces enseignements, conjugués à l’apport des universitaires, transformeront durablement les étudiantes et étudiants qui ont bénéficié d’une formation aussi riche sur les volets militaire et civil.
Cette première édition doit, à terme, être pérennisée à l’Ugb, puis étendue aux autres établissements d’enseignement supérieur. Quels enseignements tirez-vous de cette première expérience et quelles améliorations envisageriez-vous pour les prochaines éditions ?
Compte tenu des retours observés en termes de comportement, de ponctualité, de discipline, du respect des consignes et de l’efficacité dans l’exécution des ordres, ainsi que de l’accueil sans réticence des sanctions et de l’humilité manifestée par les bénéficiaires, il ressort clairement que les deux semaines du Camp citoyen ont profondément modifié les participants. Les formateurs insistent pour rappeler que la citoyenneté ne se réduit pas à un comportement ponctuel ou circonstanciel, mais représente une attitude permanente, à cultiver en tout lieu et en tout temps tout au long de la vie. Notre aspiration est donc de rendre ce camp durable et d’envisager une pérennisation officielle, sous l’égide du Recteur et du Directeur du Crous, qui mèneront la réflexion sur les modalités pratiques. L’objectif est d’inscrire durablement ces valeurs et de renforcer la qualité citoyenne des jeunes formés à l’Ugb et dans d’autres institutions. Par ailleurs, les bénéficiaires de cette première édition envisagent déjà d’organiser, dès la prochaine année universitaire, des journées citoyennes qui mobiliseraient leurs camarades qui n’auront pas eu la chance de participer au Camp citoyen. Ensuite, il s’agira d’examiner les voies et moyens pour étendre cette initiative à d’autres universités et établissements d’enseignement supérieur du pays, et même envisager des déclinaisons similaires dans d’autres secteurs comme l’éducation nationale et les collectivités territoriales, entre autres.