Les régimes qui se sont succédé au Sénégal se sont majoritairement appuyés sur de vastes coalitions politiques, conçues et consolidées au fil du temps. Toutefois, ces alliances ont suivi des parcours variés et parfois fragilisés, au point d’anticiper ou de faciliter la perte du pouvoir.
Quatre décennies au pouvoir (1960-2000). Le Parti Socialiste (PS) gouverne, sans coalition politique formelle. Avant de devenir le Parti socialiste (PS), le parti a toutefois traversé de nombreux soubresauts, marqués par des recompositions et des fusions successives. Ces différentes séquences ont progressivement contribué à la construction d’une formation politique large et structurée.
Le pouvoir socialiste trouve son origine dans le Bloc démocratique sénégalais (BDS) fondé par Président Léopold Sédar Senghor en 1948, qui fusionne en 1958 avec le Parti socialiste d’action sénégalaise de Lamine Guèye et devient l’Union Progressiste Sénégalaise (UPS). Cette organisation sera rebaptisée Parti socialiste en décembre 1976. Il va s’imposer durablement sur l’échiquier politique et gouverne le Sénégal pendant quatre décennies.
Une ouverture limitée au pluralisme, codifiée par la loi du 19 mars 1976 autorise trois courants politiques (socialiste, marxiste-léniniste, libéral), puis le multipartisme intégral est instauré, en 1981, sous la présidence d’Abdou Diouf.
PS, s’ouvrir pour calmer la tension populaire
Quand le pouvoir socialiste est fragilisé par la contestation de rue, le président de la République d’alors, Abou Diouf choisit de constituer des gouvernements d’union nationale.
Il associe à deux reprises l’opposition, et en particulier Abdoulaye Wade, à l’exercice du pouvoir. Ces collaborations sont notées en 1991 puis en 1995. Me Abdoulaye Wade est nommé ministre d’État auprès d’Abdou Diouf. Certains de ses collaborateurs dont Ousmane Ngom et Idrissa Seck entre autres vont également intégrer le gouvernement. Ces épisodes de cohabitation gouvernementale demeurent cependant ponctuels et ne constituent pas de coalitions politiques, à proprement dire.

Me Abdoulaye Wade élu avec le soutien d’une large coalition
La première alternance du Sénégal intervient en 2000. Celle-ci a lieu, sous la houlette de la Coalition pour l’Alternance 2000 (CA2000), conduite par le candidat Me Abdoulaye Wade. CA 2000 était réunie autour de plusieurs formations de l’opposition historique : le Parti de l’indépendance et du travail (PIT) d’Amath Dansokho, la Ligue démocratique/Mouvement pour le travail (LD/MPT) d’Abdoulaye Bathily, ainsi que And-Jëf/PADS de Landing Savané.

Le ralliement de Moustapha Niasse, Alliance des Forces de Progrès (AFP) au second tour s’avère décisif pour la victoire du Président Abdoulaye Wade, qui met fin à quarante ans, de pouvoir socialiste.
La CAP 21 (Convergence des Actions autour du Président de la République pour le XXIᵉ siècle) est créée le 25 août 2001. Elle rassemble initialement 25 partis issus de sensibilités politiques différentes et devient progressivement une structure de soutien à la majorité présidentielle.
Par ailleurs, la CA2000 se prolonge en Coalition Sopi, principale force de soutien au pouvoir tout au long des deux mandats du président Wade. Plusieurs alliés historiques de la CA2000, dont le PIT et la LD, quittent progressivement la mouvance présidentielle au fil du premier puis du second mandat. Le PDS perd le pouvoir en 2012.
BBY, pour porter Macky Sall à la présidence
La coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) prend le pouvoir en 2012. Née dans le contexte de la présidentielle de 2012, BBY constitue l’un des regroupements politiques les plus larges de l’histoire récente du Sénégal. Autour de Macky Sall et de l’Alliance pour la République (APR), elle rassemble alors des formations issues de sensibilités diverses, notamment le Parti socialiste (PS), l’Alliance des forces de progrès (AFP), la Ligue démocratique (LD) et plusieurs mouvements et partis de la mouvance de l’ancien Benno Siggil Sénégal. Son originalité réside précisément dans cette capacité à agréger des forces politiques aux identités spécifiques.
Mais cette diversité constituait également sa principale fragilité. Les ambitions individuelles, les intérêts territoriaux et les stratégies propres aux partis ont progressivement pris le dessus.
La non candidature de Macky Sall à un troisième mandat ravive les ambitions et installe un climat délétère sanctionné par la perte du pouvoir en 2024. La coalition BBY est formellement dissoute le 2 septembre 2024, à la suite de la défaite électorale face au candidat de la coalition Diomaye Président, le Président Bassirou Diomaye Faye.