Face à l’intensification des vagues de chaleur qui touchent désormais des métropoles du littoral comme Dakar, le changement climatique impose une révision en profondeur de nos méthodes de planification urbaine. Cheikh Ahmed Fadel Diouf, géographe et spécialiste en aménagement du territoire, appelle les pouvoirs publics à transformer l’urbanisme et l’architecture afin d’ajuster le cadre de vie à ces nouvelles réalités environnementales.
Selon les dernières données du service européen Copernicus (programme d’observation de la Terre qui vise à offrir des données fiables et gratuites pour gérer l’environnement et assurer la sécurité), août 2026 figure parmi les mois les plus chauds enregistrés à l’échelle planétaire. Dakar, longtemps vue comme l’une des villes les plus tempérées et humides du Sénégal, vit à présent des épisodes de canicule intenses. Interrogé par « Le Soleil », Cheikh Ahmed Fadel Diouf, géographe et formateur en aménagement du territoire, avance plusieurs pistes pour édifier des cités plus sobres, plus fraîches, plus résilientes et plus vivables. Pour lui, atténuation et adaptation s’imposent comme les deux grandes réponses au dérèglement climatique. Toutefois, précise-t-il, dans un pays tropical comme le Sénégal, « l’adaptation doit occuper une place centrale dans les politiques publiques, notamment face à l’accroissement des épisodes de chaleur extrême ». Dans ce contexte, il devient indispensable de repenser en profondeur l’urbanisme et l’architecture afin de mieux aligner nos villes avec ces nouvelles réalités environnementales.
« Il ne s’agit plus de bâtir davantage, mais de bâtir autrement, en intégrant le climat dès la phase de conception des édifices », assure M. Diouf. Cela suppose notamment de réduire l’usage de matériaux fortement émetteurs de carbone et de privilégier ceux qui s’adaptent au contexte local. Les bâtiments doivent être conçus pour favoriser la ventilation et l’éclairage naturels, limiter l’accumulation de chaleur et améliorer le confort thermique des habitants. Pour y parvenir, la conception architecturale doit inclure des ouvertures adaptées, des dispositifs de ventilation naturelle, des protections solaires et des murs dotés d’une inertie thermique plus efficace. Lorsque c’est pertinent, l’expert recommande d’avoir recours à « des matériaux et des techniques de construction traditionnels adaptés aux conditions tropicales ». Au-delà des constructions individuelles, Cheikh Ahmed Fadel Diouf estime qu’il faut réviser l’armature urbaine à grande échelle pour rafraîchir les agglomérations et diminuer l’exposition des habitants à des températures élevées. Il signale qu’il est désormais impératif de « développer de véritables plans d’urbanisme climatique, adaptés aux réalités propres à chaque territoire ». Selon lui, « ces politiques doivent encourager la végétalisation des villes, la création et la protection d’espaces verts, l’intégration de la nature en milieu urbain et l’aménagement de rues facilitant une meilleure circulation de l’air ». Il souligne l’importance d’intégrer systématiquement la végétation et les zones ombragées dans la conception des quartiers.
« Il faut aussi envisager la forme même de l’espace urbain. Rechercher la sobriété et le confort climatique ne signifie pas imposer nécessairement une ville toujours plus dense et minérale. Dans certains contextes, il peut être judicieux de développer des quartiers plus aérés, mieux végétalisés et organisés autour d’espaces publics permettant de limiter les îlots de chaleur urbains (Icu) », précise-t-il. L’objectif n’est pas de combattre systématiquement la ville dense, mais d’ajuster la densité urbaine en fonction du climat afin d’éviter une concentration excessive de béton, d’asphalte et de zones imperméables. Face aux vagues de chaleur et aux épisodes caniculaires qui promettent de devenir plus fréquents et plus intenses, le spécialiste rappelle que le Sénégal doit anticiper au lieu de seulement réagir.