Le passage à tabac de l’activiste Pape Abdoulaye Touré, longtemps considéré comme le signe le plus visible de la répression des manifestations entre 2021 et 2024, n’était en réalité que la partie émergée d’un dossier bien plus vaste.
Après plusieurs mois d’investigations, la Section de recherches (SR) de Dakar a clos une enquête d’envergure sur cette période trouble, marquée par la perte de nombreuses vies à travers le pays, selon les informations relayées par Libération.
Parmi les personnes placées en garde à vue figure Ibrahima Diaw, agent de sécurité de proximité (ASP) en fonction au commissariat de Bargny. On lui reproche d’avoir volontairement percuté un manifestant, blessé et tué dans les circonstances examinées par les enquêteurs. Selon des éléments publiés par la presse, la victime, Mamadou Ndoye, âgé de 53 ans et atteint d’une déficience mentale, ne participait pas activement au rassemblement : il se trouvait simplement à proximité du commissariat au moment des faits, en 2023.
Ibrahima Diaw n’est pas seul à figurer dans ce dossier. Djibril Gaye, Amadou Guindo Traoré, Djibril Diao et Amadou Cissé, dit « Kabakrou », ont eux aussi été déférés, dans le volet distinct relatif à l’agression de Pape Abdoulaye Touré, sur lequel la Section de recherches a par ailleurs procédé à une reconstitution des faits.
L’ampleur de la procédure laisse peu de place au doute quant à la détermination du parquet à faire toute la lumière sur ces événements. Une information judiciaire a été ouverte pour crime contre l’humanité par actes de torture ou traitements inhumains, cruels et dégradants – une qualification inédite dans l’histoire judiciaire sénégalaise – et confiée conjointement aux juges d’instruction des premier et deuxième cabinets.
Le dossier ne devrait pas s’arrêter là. D’autres mis en cause restent dans le viseur de la justice, qui a opté pour une « ventilation » des procédures entre plusieurs juridictions, en raison de la diversité des profils identifiés au fil de l’enquête.