Pendant quinze jours, près de cinq cents participants ont vécu une transition marquée entre les habitudes du campus et une discipline qui rappelle la vie en camp. Initié par l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, en collaboration avec l’État-major général des armées, le Camp citoyen Ugb 2026 s’est conclu sur une satisfaction générale et avec l’ambition affichée de pérenniser cette expérience et de l’étendre à d’autres établissements d’enseignement supérieur.
À l’Université Gaston Berger, le départ de la journée ne ressemblait plus à l’ordinaire. Dès l’aube, les étudiants inscrits au Camp citoyen 2026 étaient conviés à se mettre en rang et à adopter une routine stricte. Réveil, préparation, petit-déjeuner, levée des couleurs, séances de formation, activités sportives et actions citoyennes se succédaient. Pendant quinze jours, le rythme habituel du campus a été remplacé par une cadence empruntée à la vie militaire.
Du 17 au 31 août, le campus s’est mué en campement militaire afin d’accueillir les participants. Étudiants, enseignants, personnels techniques et de service, ainsi que des jeunes du village de Sanar, ont partagé cette expérience sous la supervision des Forces de défense et de sécurité (FDS). Au total, soixante et un éléments des différents corps ont été mobilisés par la Zone militaire n°2 pour assurer l’encadrement.
L’objectif n’était pas de transformer les étudiants en soldats, mais de véhiculer des valeurs jugées essentielles à la construction de la Nation: civisme, patriotisme, discipline, rigueur, leadership, abnégation, respect d’autrui et sens du service à la communauté. « Nous sommes convaincus qu’à l’issue de ces quinze jours, nos étudiants seront façonnés par la rigueur et l’esprit citoyen qui caractérisent l’armée », affirme Ousmane Diallo, secrétaire général de l’Ugb.
Pour lui, l’initiative s’inscrit dans une réflexion déjà engagée au sein de l’université sur la nécessité de renforcer la culture civique et citoyenne au cœur des espaces universitaires. Au fil des journées, les étudiants ont suivi des formations et des ateliers dédiés notamment aux valeurs républicaines, au fonctionnement des institutions, à la sécurité, à la protection civile et à la cohésion nationale. Des activités sportives et des sorties ont également rythmé le séjour. Pour le secrétaire général de l’Ugb, cette immersion répond aussi à une exigence de rapprochement entre deux composantes de la société qui ne se rencontrent souvent que dans des moments de tension. « Nous avons constaté, pendant longtemps, que lorsque des forces de défense et de sécurité croisent des membres de la communauté universitaire, c’est généralement en raison d’un problème », a-t-il observé.
Des actions qui vont au-delà du campus
L’officier rappelle également que la défense nationale ne peut pas être vue comme l’apanage exclusif des militaires. « Les acteurs militaires et les acteurs civils doivent collaborer pour la défense nationale », précise-t-il, soulignant le rôle que les étudiants peuvent jouer dans l’anticipation et la prévention. Le camp n’a pas été limité à des contenus purement théoriques. Les participants ont aussi pris part à plusieurs activités d’utilité publique et de service à la communauté. Plantations d’arbres, actions de solidarité, programmes sanitaires et initiatives citoyennes figuraient parmi les objectifs du programme. Des activités militaires, notamment des marches et des randonnées, ont également été organisées en dehors du campus.
L’initiative s’est aussi agrandie sur le plan social avec la participation de jeunes du village de Sanar à certaines activités. Des jeunes garçons ont notamment été circoncis dans le cadre d’un rite traditionnel, accompagné de chants nocturnes appelés « kassacks » par les initiés. Cette dimension communautaire illustre la volonté des organisateurs de faire du camp un espace où l’étudiant ne se contente pas d’apprendre, mais s’engage aussi au service des autres.
À la clôture, un défilé des cinq brigades d’étudiants est venu conférer une touche solennelle à ces quinze jours d’apprentissage. Dans les rangs, les participants ont affiché la discipline acquise durant le séjour, devant les responsables universitaires et militaires. Pour le recteur de l’Ugb, le professeur Maguette Ndiaye, cette expérience vient compléter la mission académique de l’université. « En dehors des connaissances et des savoirs que nous transmettons aux étudiants, il nous faut les former à devenir des citoyens modernes, prêts à servir la Nation et à contribuer à son développement », a-t-il soutenu.
L’ambition affichée dépasse désormais les murs de Sanar. L’Ugb souhaite institutionnaliser le Camp citoyen et en faire un rendez-vous annuel. « Notre objectif, c’est d’institutionnaliser ce camp, d’en faire un événement au moins annuel », explique Ousmane Diallo. L’université envisage aussi, avec les autorités compétentes, d’étendre l’expérience à d’autres universités publiques et établissements d’enseignement supérieur. La perspective d’une convention entre l’Ubg et l’État-major général des armées constituerait une étape clé dans cette volonté de pérennisation.
Au-delà des attestations de « citoyen modèle » remises aux participants, l’enjeu est désormais de faire de cette première expérience un dispositif durable de formation civique et citoyenne. Dans la cour de l’université, après quinze jours de vie collective, de formations et d’exercices, le camp s’est refermé. Mais pour ses initiateurs, l’expérience ne demande qu’à se prolonger. Le responsable d’un des corps partenaires résume le défi lancé aux étudiants en trois mots : « Apprendre, convaincre et défendre sa population ».