Les 13 et 14 avril 1987 restent gravés dans la mémoire collective du Sénégal, marquant un traumatisme profond pour des centaines de familles de policiers.
Cette année-là, le président Abdou Diouf fit adopter la loi n°87-14, qui d’un seul coup radiât 6 265 agents des forces de l’ordre après une contestation sans précédent. Si la plupart furent plus tard réintégrés, environ 1 200 agents demeurèrent définitivement exclus et plongèrent dans une précarité aiguë. Dans l’édition du week-end des 8 et 9 février 1992, Le Soleil revenait sur ce chapitre sombre. L’article du journaliste Alassane Diawara hissait ce dossier sensible à la une et mettait en lumière une double issue possible pour ces policiers marginalisés : être intégrés dans la jeune police municipale de Dakar ou bénéficier d’un examen au cas par cas en vue d’une réintégration dans la police nationale.
Les engagements du ministre de l’Intérieur de l’époque, Madieng Khary Dieng, étaient relatés par Diawara lors de l’inauguration du commissariat réaménagé du Point E : « Nous n’avons pas l’habitude de faire des promesses fallacieuses. (…) Le président Abdou Diouf considère que c’était une parenthèse qu’il a décidé de refermer. » Le ministre affirmait alors que le dossier de ce millier de gardiens de la paix serait scruté avec soin afin de réintégrer tous ceux qui pouvaient l’être. Cet épisode fut aussi l’occasion pour lui de saluer l’action du maire de Dakar, feu Mamadou Diop, qui, depuis 1989, poursuivait un vaste programme de réfection des infrastructures de sécurité.
Le maire rappelait d’ailleurs qu’en trois années, sept commissariats avaient été rénovés pour un coût de 310 millions de FCfa, et que les brigades de gendarmerie de Thiong, Hann et Ouakam figuraient déjà sur la liste des prochaines à réhabiliter. « 1 200 dossiers à étudier » : le rappel des faits Dans un second article explicatif intitulé « 1 200 dossiers à étudier », Alassane Diawara retraçait avec précision l’origine de cette crise d’État. Tout a commencé en 1983, lorsqu’un homme suspecté d’avoir volé une batterie de voiture est retrouvé mort pendant sa garde à vue. Accusés de torture par la famille de la victime, deux policiers furent condamnés en 1987 à deux mois de prison ferme et à 60 000 FCfa d’amende. En signe de protestation, des agents de police et le Groupement mobile d’intervention (Gmi) marchèrent sur le ministère de l’Intérieur.
La contestation se transforma en révolte, notamment à Thiès, où le tribunal fut saccagé et des magistrats agressés. Face à cette dérive qui trahissait l’esprit du service, Abdou Diouf suspendit l’ensemble des forces de police par décret, avant que l’Assemblée nationale n’adopte la radiation générale des effectifs. Si ce coup d’épée provoqua l’exil de nombreux radiés ou leur reconversion précipitée, les démarches conjointes des familles, des responsables religieux et d’une commission parlementaire finirent par inciter le chef de l’État à revenir sur sa position, ouvrant, en 1992, la voie à l’examen de leur réhabilitation.