La réalité de l’isolement de Loboudou Doué n’est pas une illusion; elle est tangible et documentée. Pour en sortir, le professeur Gollock propose une feuille de route précise. D’abord, il faut agrandir et bitumer la piste existante afin d’en assurer le trafic croissant; ensuite, achever le bitumage de la liaison Niandane-Boubé dont la première pierre date de plusieurs années et demeure inachevée; enfin, construire des bretelles reliant les villages satellites—Wouro Kellé, Seroum, Bakao—qui pourraient aussi servir de digues de protection contre les inondations. Il plaide surtout pour un projet structurant baptisé « Route du Walo », reliant Fanaye Walo à Podor via Doué, et qui nécessiterait l’édification d’un pont sur le Doué à l’emplacement du village Niagorga. Le fleuve, obstacle physique aujourd’hui, est trop souvent à l’origine de drames. Sa démarche s’inscrit dans une approche résolument intégrée: « Il ne faut plus traiter les sujets de manière cloisonnée. L’eau n’est pas qu’une menace, c’est une ressource. »
Il esquisse ainsi un plan de développement territorial reposant sur trois piliers: des infrastructures « intelligentes », pensées comme des digues doublées de systèmes de drainage; un développement productif structuré autour de coopératives portées par les femmes et les jeunes; et une valorisation du patrimoine, du tourisme et de la culture compris, comme source d’emplois durables. Au-delà du seul enjeu touristique, le professeur Gollock rappelle une réalité plus grave: désenclaver cette zone frontalière relève d’un impératif géopolitique. La Mauritanie a déjà construit une route longeant le fleuve et développé d’importants périmètres agricoles sur sa rive. Au Sénégal, insiste-t-il, il est urgent de sécuriser et de développer ce territoire au bénéfice de ses propres populations. Tant que Loboudou Doué restera à la merci de la moindre montée des eaux, ses richesses, riz, poisson, vestiges, paysages, resteront prisonnières d’un recoin que le nom même du village semble avoir prédestiné. Désenclaver, ici, n’est pas un luxe. C’est une dette.