La Cour suprême a, lundi 7 septembre, ordonné la suspension provisoire de l’autorisation accordée à Starlink Sénégal pour offrir un accès à internet fixe par satellite. Cette contestation émane de Sonatel, qui remet en cause l’autorisation accordée à la filiale sénégalaise de SpaceX. Pour l’opérateur historique, l’ouverture de ce marché doit s’appréhender à la lumière de ses investissements et des engagements imposés par sa concession.
Le litige porte sur l’arrêté ministériel n°038974 du 6 novembre 2025, par lequel l’ancien ministre en charge de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, avait autorisé Starlink Sénégal Suarl à exploiter, pour une période de cinq ans, un service d’accès à internet fixe par satellite, selon divers sites d’informations consultés par « Le Soleil ». L’habilitation s’appuyait notamment sur un cahier des charges élaboré par l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp).
Pour remettre en cause cette décision, Sonatel met en avant son statut de titulaire d’une licence individuelle de premier rang, encadrée par les décrets de 2016 et 2023 qui valident sa concession et les cahiers des charges afférents. L’entreprise soutient que l’entrée de Starlink dans les mêmes conditions pourrait porter atteinte à ses intérêts économiques, altérer la concurrence et violer son droit de défense. Mardi dernier, lors de la déclaration de politique générale du Premier ministre, le député Mamadou Mory Diaw avait sollicité le chef du gouvernement afin de confirmer la suspension de la licence Starlink.
Dans sa démonstration, l’opérateur historique met particulièrement en avant l’ampleur de ses engagements financiers. Selon les chiffres évoqués, Sonatel affirme avoir versé ou dû verser environ 100 milliards de francs CFA au titre de droits et redevances, dont 68 milliards correspondent au renouvellement de sa concession et 32 milliards pour les fréquences 4G. À ce montant s’ajoutent 34,5 milliards alloués à l’acquisition des licences 5G. Soit une somme totale de 134,5 milliards de francs CFA engagée à travers ces droits et licences.
La société rappelle aussi les obligations associées à sa position de détenteur d’une licence de premier rang: couverture du territoire, service universel, continuité et qualité des prestations. Elle mentionne parallèlement les contributions financières qu’elle doit verser, notamment au Fonds de développement du service universel des télécommunications (FDSUT) et les redevances annuelles.
La démarche judiciaire engagée par Sonatel n’a pas été lancée immédiatement après la délivrance de l’autorisation à Starlink. La société avait, dans un premier temps, déposé le 10 mars 2026 un recours gracieux auprès du ministère compétent. Comme cette démarche n’a pas permis de mettre fin au différend, le dossier a été ensuite porté devant la Cour suprême.
Selon la source spécialisée en technologies de l’information et des communications, osiris.sn, le dossier Starlink a connu plusieurs épisodes de tension avec l’autorité régulatrice sénégalaise. Avant même l’octroi de la licence, Starlink avait fait l’objet, dès 2023, d’une répression visant la commercialisation informelle de ses terminaux, l’ARTP ayant interpellé plusieurs revendeurs non agréés. Après le démarrage officiel du service, l’Artp a de nouveau alerté, fin mars 2026, sur la prolifération de points de « wifi communautaire » utilisant des terminaux Starlink pour de la revente illégale de connexion, rappelant que ces pratiques exposent les auteurs à des peines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et à 60 millions de francs CFA d’amende. Des interpellations similaires ont eu lieu en août 2026, notamment à Kaolack, à la suite d’une plainte déposée par la Sonatel.
Pour sa part, l’autorisation accordée à Starlink s’inscrivait dans le cadre du « New Deal Technologique », un programme gouvernemental visant notamment à accélérer la desserte numérique du pays. Le dispositif prévoyait entre autres l’achat par l’État de 5 000 kits Starlink à tarif préférentiel, afin de favoriser la couverture des zones blanches, le déploiement de réseaux wifi communautaires et la connexion d’établissements scolaires et d’entités territoriales.