Gravé en lettres dorées dans le calendrier culturel local, le Septembre mandingue est mis sur pied par la communauté mandingue de Mbour. À chaque édition, on repart pour viser des records de fréquentation. Cette période est celle qui donne le tempo des congés dans la ville littorale. Le Kankourang règne comme jamais dans l’imaginaire des Mbourois, faisant battre les cœurs des Mandingues fiers de leur héritage. Dans ses multiples dimensions, le mythe sacré se révèle.
Discrètes et chargées de mysticisme, les nocturnes apparitions du Kankourang en semaine captivent puristes, ritualistes et initiés de premier rang. Des ‘’juju’’, disséminés dans les quartiers, s’expriment tels des plaintes, accompagnées des chants mélancoliques des ‘’kasak’’. Les tambours à peine audible accompagnent les timbres des circoncis émus d’émotions. Parfois l’air et le tempo basculent dans une autre tonalité, et des concerts joyeux viennent animer ces soirées estivales.
Un prélude modeste, annonciateur de l’immense messe du week-end en perspective. La chaleur s’élève dès le vendredi lorsque déferlent des foules de visiteurs. Les Mbourois reçoivent, dans leurs demeures, des amis et voisins qu’ils avaient côtoyés jadis à l’école ou sur les lieux de travail.
Les femmes de la cité qui ont osé épouser des Sénégalais venus d’ailleurs quittent à l’amiable le domicile conjugal pour regagner leur foyer auprès de leurs enfants. Sinon, elles seraient difficiles à retenir: elles déclenchent des frictions et n’hésitent pas à évoquer le divorce pour goûter les plaisirs carnavalesques du Kankourang. Les jeunes filles très en vue et férues des nuits épicées de Dakar rallongent leur visa vers la Petite Côte. Elles gagnent une pointe d’originalité en retrouvant, durant les vacances, l’ambiance chaleureuse des familles qui se pressent en une promiscuité organisée. La teranga continue d’opérer dans la cité.
Le dîner fastueux du samedi est offert aux visiteurs, au plus grand désarroi des poulets sacrifiés par un Kewoulo bénissant les papilles des gourmets. La veillée de ce samedi de septembre est sacrée. Les noctambules délaissent les boîtes à rythme et se gorgent, dans cette nuit blanche d’ambiance, de lait chaud à la menthe et de fromage concentré. Le mbourou, pain chaud et croustillant tartiné de beurre, ou la balbina autrefois, pain au lait, doux et moelleux, dominent les beignets et autres mets qui prolongent les retrouvailles sur les terrasses fraîches ou devant les façades. Dans l’attente sans fin, les connaisseurs guettent la sortie du Kankourang et prêtent l’oreille au martèlement des tambours qui accompagnent les chants des initiés.
Le protecteur des circoncis apparaîtra à l’aube, après quelques fausses alertes qui ont semé l’illusion et provoqué de mémorables frayeurs: les anecdotes croustillantes de la saison nourriront longtemps les conversations futures. Au lever du soleil, le Kankourang se montre enfin, entouré de son bataillon d’initiés. Le fameux jaambo-jaambo du petit matin constitue, pour les puristes, l’apogée de la fête, le moment le plus délicieux. Le tambour-major, semblant guidé par une muse, déclenche un tempo venu d’ailleurs qui pousse littéralement la foule, victorieux de la nuit, à danser et chanter. Une belle occasion de se déhancher, de s’époumoner et de se défouler jusqu’au bout avant de regagner les lits pour un sommeil lourd qui prolonge la grâce dominicale.
À l’aube, le mono dominical, version fondée de la bouillie de mil, est versé dans les calebasses. Une dose suffisante pour tenir une journée vouée à l’action. Le mono est aussi savoureux que la viande du mouton de la Tabaski ou le ngalakh de Pâques. Que seraient devenus les Socés sans ce mono qui rassasie sans se ruiner ? Quand aura lieu la prochaine moisson de mil au sein d’une ferme de la collectivité mandingue ?
Dans l’après-midi, à Bayal Santessou, sur l’avenue Demba Diop ou à Kogne Dialma, l’ambiance carnavalesque échappe à toute description. Des masses de spectateurs disséminées à travers la ville attestent de la popularité quasi folle d’un mythe hors pairs. Les styles vestimentaires variés et les prestations chorégraphiques comblent un public sans cesse en quête de divertissements.