Au cœur du delta du Saloum, Dionewar attire par ses paysages, sa mangrove et ses cocotiers. Toutefois, derrière cette beauté insulaire, l’érosion du littoral progresse et met progressivement en péril les terres, les activités et les habitations.
Au cœur du delta du Saloum, dans la région de Fatick, l’île de Dionewar se présente comme une pause entre les eaux. Pour atteindre l’île, il faut quitter la terre ferme et naviguer jusqu’à elle à bord d’embarcations. Au fur et à mesure que la pirogue s’éloigne de Djiffer, le décor se métamorphose. Les palmiers apparaissent à l’horizon, la mangrove délimite les berges et le village se dessine peu à peu sur un mince cordon de terre. Le panorama inspire une impression de quiétude. Pourtant, derrière cette image de carte postale, Dionewar porte les cicatrices d’un littoral qui recule. Sur la plage, dépourvue de détritus, la mer paraît paisible. À marée basse, de petites vagues s’échouent sur un sable couvert de coquillages. Quelques cocotiers subsistent encore au bord de l’eau.
Dionewar, calme apparent mais menacée
Le vent marin s’infiltre dans les feuilles et confère au lieu une impression de sérénité. Puis l’attention se porte sur le sol: des arbres couchés, certains déracinés; des pieux en bois plantés sur le sable pour freiner l’avancée de la mer. Plus loin, les ruines d’une maison effondrée au début de l’année 2026 déparent brutalement le paysage. La mer menace Dionewar. Le cimetière même n’est pas épargné. Face à la mer, un dispositif constitué de pneus et de bétons a été installé pour empêcher l’eau de gagner ses terres. Derrière le cordon littoral s’étendent la mangrove, les terres et les espaces qui soutiennent les habitants. La salinisation gagne aussi les terres agricoles, réduisant les possibilités de culture par le passé. La progression de la mer ne s’explique pas uniquement par des phénomènes naturels. Le capitaine Cheikh Ahmadou Diallo, conservateur de l’Amp de Sangomar, rappelle que « les effets du changement climatique, notamment la montée du niveau des eaux et l’évolution des conditions météorologiques » jouent un rôle à prendre en compte. Il ajoute qu’il faut aussi considérer « les activités humaines, notamment l’extraction du sable marin qui accentue l’érosion côtière ». Selon lui, « certains aménagements et certaines constructions sur le littoral peuvent aussi perturber la dynamique naturelle de la côte ».
Une île au bord du précipice ?
Le rétrécissement du littoral transforme aussi les paysages, mais aussi les pratiques et les habitudes d’une population insulaire fortement liée à la mer. Toutefois, Dionewar demeure une île vivante. Les pirogues continuent de naviguer. La pêche demeure essentielle. La mangrove trace ses méandres dans le delta. Les cocotiers tiennent encore face au vent. Dans cet écosystème riche en biodiversité, l’aire marine protégée joue un rôle de veille sur Sangomar. Selon son adjoint-conservateur, le lieutenant Mbacké Sy, elle a été créée en 2014 et couvre plus de 87 000 hectares. Elle abrite poissons, oiseaux, tortues marines, dauphins et lamantins. Mais même cette nature protectrice semble aujourd’hui en difficulté.
« La mangrove, souvent considérée comme une barrière naturelle contre l’érosion, se retire-t-elle aussi par endroits ? », interroge le lieutenant Sy. Sa disparition fragilise davantage certains segments du littoral. Des campagnes de reboisement sont menées pour restaurer les zones dégradées. Des habitants replantent, nettoient, surveillent. Des piquets et des ouvrages artisanaux sont installés pour enrayer l’érosion. Ces gestes témoignent d’une volonté d’action face à l’avancée de l’eau. Le capitaine Cheikh Ahmadou Diallo précise que les populations « ont construit des digues et installé différents dispositifs pour tenter de retenir la mer ».
Par ailleurs, les agents de l’Amp ont expérimenté des solutions fondées sur des mécanismes naturels. « Entre 2022 et 2023, nous avons mis en place un dispositif constitué de piquets en bois d’eucalyptus sur une longueur d’environ 20 mètres à partir du trait de côte », explique le conservateur. L’objectif était de retenir le sable et de favoriser la reconstitution de la plage. « Les piquets devaient aussi tamiser la force des vagues afin qu’elles n’atterrissent pas directement sur le rivage avec toute leur énergie », précise le capitaine Cheikh Ahmadou Diallo. Mais cette expérience n’a pas permis d’arrêter l’érosion. « Malheureusement, compte tenu de la force de la houle et de la nature du terrain ici, le dispositif n’a pas fonctionné comme nous l’espérions. La mer n’a pas cessé d’avancer », reconnaît-il. L’ampleur du phénomène dépasse largement ces efforts.
La houle et ses effets
La mangrove devient désormais l’une des avenues privilégiées pour tenter de protéger le littoral. Le capitaine Cheikh Ahmadou Diallo indique que « le reboisement fait partie des solutions » et précise : « Cette année, nous visons jusqu’à 20 hectares de reboisement. Un protocole est aussi en cours pour restaurer 15 hectares de mangrove. » Le lieutenant Mbacké Sy rappelle que « la mangrove joue un rôle important dans la protection du littoral, car elle contribue à stabiliser les sols et constitue également une ressource pour les populations ». Pour lui, « sa conservation doit donc être pensée avec les communautés ».
Et les populations participent notamment à travers les comités de gestion et jouent un rôle essentiel dans la surveillance de l’espace. Là où un agent ne peut pas être présent, elles peuvent servir de relais. Cette collaboration n’est toutefois pas toujours facile. Dans une communauté où tout le monde se connaît et où les liens familiaux sont forts, dénoncer une infraction peut s’avérer délicat. « Quelqu’un peut hésiter à dénoncer un proche ou un membre de son village », reconnaît le lieutenant Mbacké Sy. Une situation qui peut compliquer le travail des agents. À ces difficultés s’ajoutent celles liées aux moyens: l’Amp dispose d’un budget annuel destiné notamment à l’achat de carburant, à l’entretien des véhicules et à la réparation des embarcations utilisées pour les patrouilles. Mais ces ressources restent largement en deçà des besoins.
La mer, à son rythme, continue d’avancer. Dans ce paysage qui continue de fasciner par la beauté du delta du Saloum, une question devient de plus en plus inévitable: combien de temps Dionewar pourra-t-elle encore résister à la mer ? Le lieutenant Mbacké Sy estime qu’il est difficile d’en prévoir l’avenir.