Dans les villages du département de Linguère, des femmes maintiennent un savoir-faire ancestral: transformer l’arachide en huile de manière artisanale. Cette activité, menée à petite échelle avec des méthodes manuelles, génère des revenus et agit comme un levier d’autonomie pour la femme rurale tout en soutenant la sécurité alimentaire. Entre héritage et modernisation, ces femmes font face à des obstacles liés à la productivité, à l’hygiène et à l’accès aux marchés.
LINGUÈRE – La pratique artisanale de la transformation de l’arachide en huile est solidement enracinée dans les zones rurales du pays. À Linguère, où l’agriculture dépend des pluies capricieuses, l’arachide demeure une culture de survie. Les femmes y jouent un rôle majeur dans ce processus de transformation.
Traditionnellement, ce travail se fait à petite échelle. Après la récolte, elles décortiquent, trient, torréfient puis broient les graines pour obtenir une pâte. Puis vient l’étape la plus délicate: le malaxage à chaud, qui permet de séparer l’huile du tourteau.
« Nous utilisons encore les techniques manuelles héritées de nos aïeux », précise Fatou Kiné Diop, 65 ans, résidente de Thiargny. « Mais aujourd’hui, des presses mécaniques existent et permettent d’améliorer la qualité de l’huile. »
L’huile obtenue est écoulée sur les marchés hebdomadaires du département de Linguère. Elle est prisée pour sa saveur et sa pureté. En revanche, le tourteau, résidu solide riche en protéines, sert le plus souvent à nourrir le bétail, notamment chèvres, chevaux et moutons. Selon Aïssatou Sow, transformatrice de l’huile d’arachide à l’unité de Barkédji.
Une activité au cœur de l’autonomisation
Outre la production alimentaire, cette activité agit comme un puissant levier d’émancipation économique pour les femmes rurales. En s’organisant en coopératives, elles mettent en commun leurs efforts, obtiennent parfois des microcrédits et acquièrent des compétences en gestion, en marketing et en hygiène alimentaire.
« Grâce à cette activité laborieuse, j’arrive à financer l’instruction de mes enfants et à subvenir à mes besoins sans dépendre d’autrui », affirme Awa Ndiaye, membre d’un groupement de femmes à Loumbi, village de la commune d’Ouarkhokh. Elle précise vendre son huile à Linguère ou à Barkédji lors des marchés hebdomadaires.
La transformation d’huile d’arachide contribue réellement à l’autonomisation de nombreuses femmes de la région. Toura Sall raconte qu’elle est engagée dans ce métier depuis 2005; elle est originaire de Kadji, localité de Dodji. Selon elle, cette huile lui a tout apporté; elle a commencé avec des outils simples il y a ses débuts.
Aujourd’hui, elle a pu acquérir une machine manuelle qui lui permet de produire des volumes importants d’huile. Elle précise que la transformation artisanale nourrit son foyer. Elle a accompli de nombreuses réalisations dans son village; toutefois, celles qui ne disposent pas encore d’équipement peuvent louer le sien et elle en tire des revenus.
Elle ajoute qu’elle vend le litre à 1 000 francs CFA, ce qui lui permet de réaliser des bénéfices. Elle précise que les bidons de cinq litres se portent à 5 000 francs CFA.
Khady Bà, autre transformatrice vivant à Nguith, partage son point de vue sur la rentabilité de cette activité: « L’huile que nous fabriquons nourrit nos familles et nous aide à financer l’éducation de nos enfants. Sans machines, nous travaillons du matin au soir pour de faibles volumes. Grâce au soutien d’une ONG locale, nous avons obtenu une presse mécanique qui a accru nos ventes, nous commercialisons donc à Louga et même à Dakar. »
Défis persistants
Malgré leur détermination, les femmes qui transforment l’huile d’arachide dans le département de Linguère font face à de multiples obstacles, notamment le matériel vétuste, l’accès limité à l’eau, et les difficultés à écouler leur production. Elles sollicitent l’aide des autorités pour obtenir des équipements modernes et des formations sur l’hygiène alimentaire.
Cependant, certaines transformatrices demeurent dans la précarité, utilisant des outils rudimentaires. Ces huiles peuvent contenir des aflatoxines en raison d’un filtrage insuffisant.
Elles pointent aussi le stockage des graines d’arachide comme l’un des grands défis. Mariama Sock, responsable d’un groupement de femmes et vendeuse d’huile au marché hebdomadaire de Linguère, déclare: « Le principal défi demeure la conservation des graines. Si elles sont mal stockées, l’huile peut se dégrader. Nous avons besoin de formations et de financements pour améliorer nos pratiques. »
Quant à Mbayang Sarr, transformatrice basée à Doundodji et propriétaire d’une petite machine de presses mécaniques, elle estime que les femmes transformatrices peinent à trouver des financements. Elle demande à l’État de les accompagner et de leur octroyer des fonds.
En définitive, ce modèle de transformation artisanale, respectueux de l’environnement et ancré dans les traditions, pourrait inspirer d’autres régions sahéliennes.