Mariama Bâ, plume des femmes d’Afrique, décédée le 17 août 1981

29 août 2026

Grâce à seulement deux romans, Mariama Bâ a laissé une empreinte durable sur la littérature africaine. Cette empreinte, loin de s’estomper, demeure intacte quarante-cinq années après sa disparition, faisant d’elle l’une des voix les plus singulières et marquantes de la littérature sénégalaise ainsi que de la littérature africaine dans son ensemble.

Née le 17 avril 1929 à Dakar, au sein d’une famille lébou musulmane, Mariama Bâ grandit dans un contexte où l’instruction reste encore rare pour une jeune fille de son temps. Son père, Amadou Bâ, qui deviendrait ministre de la Santé dans le premier gouvernement sénégalais de 1957, voit sa fille grandir sous l’œil vigilant de son grand-père après le décès de sa mère. Malgré les réticences qui entouraient son parcours, elle persévère dans ses études, encouragée notamment par son père.

Elle intègre l’École normale des jeunes filles de Rufisque, véritable vivier de l’élite féminine africaine francophone, où elle obtient son diplôme de titularisation dans l’enseignement en 1947.

Institutrice pendant de longues années, elle épouse le député Obèye Diop, avec qui elle aura neuf enfants avant de divorcer. Cette expérience personnelle la confronte directement aux réalités de la condition féminine et l’amènera à consacrer une grande partie de son engagement à cette cause. Mariama Bâ multiplie les allocutions publiques et les articles de presse en faveur des droits des femmes, s’investit dans diverses associations féminines et milite pour une éducation qu’elle perçoit comme la condition première de toute émancipation.

Elle dénonce avec vigueur la marginalisation des femmes dans les lieux de décision, les insuffisances liées à la protection de la maternité et la question de la polygamie, autant de thèmes qui nourriront ses œuvres ultérieures.

En 1979, elle fait paraître Une si longue lettre, son premier roman. Dans cette œuvre épistolaire, Ramatoulaye Fall raconte à son amie Aïssatou son veuvage, sa vie de femme et de mère, mais aussi les blessures qui accompagnent la polygamie. Bien que Mariama Bâ préfère affirmer que son héroïne n’est pas son double, le livre rencontre un succès immediate et lui vaut, en 1980, le premier prix Noma de publication en Afrique, décerné à la Foire du livre de Francfort, une distinction alors inédite pour une écrivaine africaine.

Traduit dans une vingtaine de langues et intégré dans les programmes scolaires du Sénégal, Une si longue lettre s’impose comme un classique de la littérature africaine d’expression française. Le roman bénéficiera même, à l’été 2025, d’une nouvelle vie sur grand écran grâce à l’adaptation réalisée par la cinéaste sénégalaise Angèle Diabang.

Cependant, Mariama Bâ n’a pas eu le temps de mesurer toute l’ampleur de son héritage. Elle s’éteint à Dakar le 17 août 1981, à l’âge de 52 ans, après une longue maladie. Quarante-cinq années après sa disparition, le souvenir de l’écrivaine demeure particulièrement vivant, car son œuvre continue d’alimenter les réflexions sur la place des femmes, l’éducation, le mariage et les traditions.

Quelques mois après son décès paraît son second roman, Un chant écarlate. publié à titre posthume, ce récit poursuit l’exploration des tensions entre les traditions africaines et les bouleversements du monde moderne, en suivant l’histoire d’un couple issu de milieux mixtes et confronté aux incompréhensions familiales et sociales. Pour cet ouvrage, elle reçoit le Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 1982.

Quarante-cinq ans après sa disparition, l’héritage de Mariama Bâ demeure intact. Le Sénégal lui a rendu hommage en baptisant plusieurs lieux et institutions à son nom, dont la Maison d’éducation Mariama Bâ, installée sur l’île de Gorée, symbole durable de son combat pour l’éducation et l’émancipation féminine.