Imaginons un plat de ceebu guédj, symbole d’un mélange entre la terre et l’océan, dépourvu des ingrédients phares que sont le toufeu et le pagne, ces fruits de mer qui l’agrémentent habituellement. Heureusement, au Sénégal, les ostréicultrices nous évitent ce manque. Mais au‑delà d’un simple souci culinaire, c’est pour des raisons économiques que ces femmes s’enfoncent chaque jour dans les mangroves vaseuses du Sine-Saloum. Grâce à l’ostréiculture, elles maintiennent leurs foyers à flot et assurent la scolarité de leurs enfants.
À l’occasion de l’Année internationale des femmes agricultrices, la FAO a mis en lumière la contribution des femmes à l’économie à tous les niveaux, en accordant une attention particulière au secteur de l’ostréiculture dans la commune de Toubacouta.
Sous un soleil impitoyable en ce matin du 14 juillet 2026, les femmes du village de Nema Bah (Toubacouta) présentent le fruit de leur labeur. Sur le bord de la mangrove, témoin de leur peine et de leur dévouement, elles expliquent les rouages de l’ostréiculture, ainsi que son impact économique et social.
Gagne Siri Sarr, membre du GIE « Yonn Dioffor », exhibe une variété de fruits de mer : crevettes, huîtres, moules, coques, palourdes… tout y passe. Transpercée par la sueur, elle affiche une grande fierté pour son métier. Sa table inspire le respect des plats locaux comme le soupou kandja, le ceebu guédj et le fameux « c’est bon ». Des mets d’exception qui ne trouveraient probablement pas leur place sans les mains calleuses de femmes dignes, telles que Gagne Siri Sarr. Oui, l’ostréiculture est une activité exigeante, et les traces visibles sur les mains témoignent de la pénibilité du travail.
« Certes, c’est une profession ardue, mais l’ostréiculture est ce qui nous maintient à flot. Elle nous procure des revenus qui couvrent les frais d’éducation de nos enfants et qui nous permettent d’apporter notre aide à nos conjoints pour répondre aux besoins de toute la maisonnée », déclare Mme Sarr.
Elle ne manque pas non plus de saluer l’action de la FAO visant à améliorer les conditions professionnelles des autres ostréicultrices. Grâce à des outils et à des formations sur les techniques de production et de commercialisation, la FAO, selon Gagne Siri Sarr, les guide vers une pratique plus efficace et moins pénible.
La mangrove, gage de stabilité socioéconomique
Dans le village de Nema Bah, la mangrove est une source nourricière d’une importance capitale. Conscientes de sa valeur, des femmes de la localité se sont regroupées autour du Gie « Yonn Dioffor » pour adopter une approche plus moderne et plus responsable. Selon Seynabou Diatta, présidente de ce groupement réunissant les ostréicultrices, leur activité joue un rôle essentiel dans l’économie, mais aussi dans la santé des populations locales.
En effet, explique-t-elle, les produits issus de la mangrove leur permettent de nourrir leur famille avec des aliments riches en protéines et 100 % naturels. Mme Diatta insiste également sur la diversité des produits obtenus grâce à la mangrove, qui leur assure une alimentation variée.
À cela s’ajoute le rôle de la mangrove dans l’approvisionnement de la région naturelle du Sine-Saloum, voire du Sénégal, en produits halieutiques. Ainsi, la mangrove représente pour elles la ressource financière la plus importante qu’il faut impérativement préserver.
C’est d’ailleurs dans ce cadre qu’intervient le programme de valorisation du potentiel de la pêche et de l’aquaculture en Afrique, dans les Caraïbes et le Pacifique (Fish4ACP). Seynabou Diatta explique que sur le plan des ventes, ce projet a permis de raccourcir les délais de production, de réduire les pertes, d’améliorer la qualité des huîtres et, naturellement, d’enregistrer de meilleures performances financières.
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« Grâce au soutien de la FAO, à travers le programme Fish4ACP, nos produits sont de meilleure qualité. Nous avons appris des techniques qui nous permettent d’obtenir des huîtres plus savoureuses et plus propres en six mois. Autrefois, les huîtres s’accrochaient bien plus bas, au ras du sol vaseux de la mangrove. Résultat : des coquillages remplis de sable qui revenaient fréquemment. Désormais, elles sont placées plus haut. Et cela facilite le traitement et la transformation. Nos ventes ont connu une hausse d’environ 80 % », affirme Mme Diatta. Elle précise que cette technique a dynamisé les ventes et renforcé la réputation des huîtres issues de la mangrove de Nema Bah.
Cependant, l’oratrice reconnaît qu’il reste du chemin à parcourir. Elle estime que la croissance de la production ostréicole doit s’inscrire dans une stratégie commerciale plus large. Seynabou Diatta plaide donc pour la labellisation des huîtres de Toubacouta, afin de s’ouvrir sur le marché mondial.
Et il y a de quoi viser le marché international, compte tenu des progrès techniques réalisés. Selon Amy Collé Gaye, administratrice nationale du programme Fish4ACP, le Sénégal peut légitimement faire figure de géant mondial de l’ostréiculture.
Grâce à sa position géographique et à son ensoleillement, le Sénégal bénéficie d’un cycle de production nettement plus court que des pays comme la France, où le cycle peut durer entre un et deux ans.
« Nous avons la chance de posséder des mangroves riches en nutriments ; nous disposons du soleil et de températures idéales pour produire des huîtres en un an tout au plus », explique l’experte halieutique.
Et c’est précisément pour cette raison que Seynabou Diatta, présidente du Gie Yonn Dioffor, milite en faveur de la labellisation des huîtres du pays, accompagnée d’un branding solide, afin que le Sénégal puisse occuper une place de choix sur le marché mondial de l’ostréiculture.