Le village de Mérina Thiakho, qui se situe dans le département de Diourbel, demeure isolé après plus de cent vingt années d’existence. Si les habitants disposent désormais de l’accès à l’éducation, à l’eau et à l’électricité, d’autres infrastructures essentielles restent encore à construire, telles que des salles de classe supplémentaires, un forage, une case de santé équipée et un renforcement de l’éclairage public.
DIOURBEL – Accéder à Mérina Thiakho (arrondissement de Ndoulo, département de Diourbel) s’apparente à un véritable parcours du combattant. Peu de personnes s’y rendent. En effet, les taxis collectifs ne desservent pas directement ce village, qui se situe à environ cinq kilomètres de Ndoulo, chef-lieu de commune et d’arrondissement. Les habitants privilégient soit des charrettes, soit les véhicules partant de Dankh Sène pour rejoindre les zones alentours et Ndoulo. Cette situation complique singulièrement le déplacement des personnes souhaitant s’y rendre, et tout visiteur pressé est souvent contraint de louer un taxi ou une moto « Jakarta ».
La première option se révèle nettement plus favorable sur le plan du confort. La seconde occasionne davantage d’inconvénients, mais reste néanmoins choisie par ceux qui s’aventurent jusqu’au village. Depuis Ndoulo, le trajet se dérobe sur une chaussée latérite dégradée entre Ndoulo, Dankh Sène et Ndindy. Après ce passage difficile, la moto poursuit encore une dizaine de minutes pour atteindre Mérina Thiakho.
À l’arrivée, un panneau bleu avec les lettres blanches signale notre arrivée et confirme que l’on a atteint le bon endroit. Il reste ensuite quelques pas à parcourir pour accéder aux habitations du petit village. L’atmosphère habituellement sereine est perturbée par des sonorités musicales provenants de l’école primaire située à l’entrée. Cette musique festive accompagne la célébration de l’excellence de l’école du village. Le village est particulièrement animé en cet après-midi du 11 juillet 2026. Une bâche bleue, dressée dans l’enceinte de l’établissement, sert d’abri pour les populations. On compte environ une cinquantaine d’élèves et d’autres habitants présents. Les autorités (chefs religieux, responsables des villages voisins et personnels enseignants) sont également au rendez-vous pour célébrer cette excellence.
À l’exception de l’école élémentaire, clôturée par un mur gris, d’autres infrastructures de base attestent d’un cadre de vie encore précaire : une case de santé, un « daara » moderne en cours d’aménagement, une mosquée d’envergure peinte en vert et blanc, etc. Ce lieu de culte, érigé en plein cœur de l’espace public, est l’œuvre du fondateur du village, Serigne Sakho. Initialement construit en terre, il a été reconstruit en 2018 sur fonds propres par la population. Le patriarche du village, Serigne Fallou Sakho, rappelle que Mérina Thiakho est marquée par une forte proportion d’habitants issus de la descendance de Serigne Sakho. Le chef du village est d’ailleurs issu d’une lignée du fondateur et a été désigné en 2023 après le décès de son frère Ngagne Sakho, mais, en raison de son état de santé fragile, il a confié la mission à son fils Serigne Sakho.
Le patriarche précise que son grand-père a créé le village en 1906 dans le but de mener une vie paisible après le boom démographique de Thiakho, son village natal. « La première bourgade habitée par le marabout se trouve à trois kilomètres d’ici. Il a néanmoins choisi de se retirer pour se consacrer pleinement à sa vie spirituelle centrée sur l’enseignement coranique et l’éducation religieuse de ses talibés et de ses enfants. À son arrivée, il a d’abord creusé un puits, puis érigé une mosquée et enfin investi dans l’agriculture et l’élevage », raconte-t-il.
Plus d’un siècle après sa fondation, Mérina Thiakho a connu une évolution favorable, notamment en termes d’accès à l’eau, à l’électricité et à l’éducation, mais les difficultés liées à des soins de qualité persistent. Mbayang Ndiaye, intervenante en développement, précise que leur case de santé n’est pas outillée pour prendre en charge les femmes enceintes et certaines pathologies. « Nous sommes obligées de nous rendre au poste de santé de Ndoulo pour bénéficier de soins et d’un accompagnement pour les accouchements. Les médicaments ne sont pas disponibles en quantité suffisante », déplore-t-elle.
Un village fondé en 1906
Aïda Seck, résidente du lieu, rappelle que les femmes du village sont majoritairement des ménagères. Elle demande le rétablissement des financements agricoles et maraîchers que l’État du Sénégal avait octroyés pendant la période du président Abdoulaye Wade. Selon elle, les femmes avaient alors l’opportunité de travailler et de gagner de l’argent grâce au soutien de l’État et du secteur privé, « mais ces aides ont disparu depuis quelques années », déplore-t-elle.
Sur le plan scolaire, Mérina Thiakho dispose d’une école primaire opérationnelle depuis 1998. L’établissement s’est transformé en remplaçant les abris provisoires par des salles en dur, a été clôturé par un mur, a vu l’installation de toilettes à la fin de 2025 et bénéficie désormais de l’eau et de l’électricité. Ces avancées ont été rendues possibles grâce à l’implication d’un ancien élève du village, Khadim Sakho, qui a soutenu son ancienne école en mobilisant un partenaire français œuvrant dans le domaine social et la lutte contre les inégalités.
Une école dotée de deux salles de classe depuis 1998
M. Sakho a saisi l’occasion de la fête de l’excellence de l’école pour annoncer les projets envisagés pour l’année suivante. Il a promis la construction de nouvelles salles de classe, d’un bloc administratif et des efforts de reboisement afin de créer un microclimat plus favorable. Toutefois, ces initiatives restent insuffisantes pour répondre à l’ensemble des besoins de l’établissement.
Le président du Comité de gestion de l’école, Issa Ndiaye, appelle l’État à augmenter le nombre de salles et d’enseignants afin d’éviter les classes surchargées et le multigrade. Le directeur de l’école, Babacar Diallo, rappelle qu’ils fonctionnent dans un cycle incomplet (sans les six niveaux de l’enseignement élémentaire). Bien que l’enseignant souligne les progrès réalisés, il demande cependant une amélioration des conditions d’étude pour les élèves et des conditions de travail du personnel d’encadrement. Le manque d’infrastructures scolaires oblige les élèves à se rendre à Ndoulo pour poursuivre leurs cycles moyen et secondaire au Cem, après l’obtention du Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee).
Les autres préoccupations du village portent sur la réhabilitation et l’équipement de la case de santé, l’approvisionnement en médicaments, l’achèvement des travaux du « daara » moderne, la construction d’un forage et le renforcement de l’éclairage public. La population réclame également le bitumage de la piste Ndoulo–Dankh Sène–Ndindy afin de sortir Mérina Thiakho de son enclavement.