Dans le paysage du cinéma sénégalais, Joséphine Mboup s’est imposée par son travail et sa persévérance. En trois décennies d’activité, elle a lutté sur tous les fronts pour s’imposer et pour faire reconnaître davantage le métier d’actrice. Son engagement sans faille et sa passion sans limites lui ont permis d’obtenir le trophée de Meilleure actrice Second rôle lors de la 5ᵉ édition des Only Woman Awards (11 juin 2026), récompense décernée pour son interprétation de Diama Ndikou Diagne dans la série « Mère et mensonges ».
Le cinéma occupe une place centrale dans sa vie. Sa première expérience devant la caméra remonte à « La Collégienne », adaptation du roman de Marouba Fall réalisée par Boubacar Ba, où elle interprétait le personnage d’Oulimata Thiam.
Ce n’est réellement qu’en 1997, à sa sortie du conservatoire, que sa carrière prend son envol. Elle se distingue dans le court-métrage « David » de Moussa Thiam puis dans le long-métrage « Tgv » de Moussa Touré. Par la suite, elle collabore avec de nombreux réalisateurs africains et internationaux, tels que Cheikh Oumar Sissoko du Mali, Ahmet Fall Diagne dans « Scénario du Sahel », Serigne Mbodj dans « Vieux Samba », Alain Gomis dans « La France » et Mamadou Ndiaye (Rts) dans « Main-tenant… virtuellement familiale ».
Son itinéraire l’amène aussi à des productions d’envergure internationale, comme « Kirikou et la Sorcière » de Michel Ocelot, tout en explorant des œuvres plus intimes telles que « Des étoiles » de Diana Gaye et « La Malette » de Matar Badiane. Elle apparaît également brièvement dans « Xalé » de Moussa Sène Absa.
Au fil de ces plus de trois décennies d’écran, Joséphine Mboup a démontré sa capacité à s’immerger dans des personnages variés et à captiver le public par son talent et sa faculté à incarner des rôles multiples avec authenticité. Une récompense justifiée Lors de la 5ᵉ édition des Only Woman Awards, qui s’est tenue en avril dernier au Pathé, elle s’est vu décerner le trophée de Meilleure actrice Second rôle pour son interprétation de Diama Ndikou Diagne dans la série « Mère et mensonges », produite par Marodi. Un rôle taillé sur mesure pour elle.
Dans la peau de Diama Ndikou, figure complexe et pleine de contradictions, porteur d’un secret lourd qu’elle traîne depuis plus de trente ans, l’actrice a marqué les esprits en s’appropriant ce personnage avec une intensité marquée. « C’est un rôle que j’ai construit de toutes pièces, en m’efforçant d’être en parfaite cohérence avec sa psychologie tout en adoptant le tempérament d’une femme dynamique, impulsive, prête à tout pour protéger sa famille et faire prospérer sa clinique », explique-t-elle.
Ses ambitions et ses projets se heurtent néanmoins à des obstacles, avec l’irruption de sa belle-fille Amélie Diop et d’une mystérieuse Khady Wade qui s’immiscent dans sa vie privée et sa clinique dans le but machiavélique de venger sa sœur Fatou Ndiaye, décédée dans des circonstances troublantes. On parle ici d’un véritable rôle de composition que Mboup cherche à habiter dans son intégralité morale et psychologique.
Le travail est à la fois physique et mentalement exigeant, mais elle s’est trouvée pleinement à l’aise dans l’incarnation de ce personnage. « En jeu, Diama est constamment en mode alerte. Prendre en main ce rôle représente un vrai défi pour un acteur, car elle évolue dans des émotions intenses et peut se montrer extrêmement directive, détestant les imprévus », confie Mboup.
Pour elle, la chance réside dans la possibilité d’explorer un maximum de registres, d’endosser des personnages variés et de travailler avec différents réalisateurs. Cette reconnaissance, elle l’accueille avec humilité et fierté.
« C’est avec une immense joie que j’ai accepté ce trophée des Only Woman Awards. Mes remerciements vont à Saïdou Ndongo, initiateur de cet événement consacré au leadership féminin, ainsi qu’à Mass Ndour, le PDG de Marodi, pour la confiance renouvelée », déclare-t-elle.
Cette victoire ne serait pas vue par la poursuite d’un culte de la réussite, mais comme une étape dans un parcours qu’elle espère sans fin. « Il est prématuré d’emblée de parler de consécration. Je suis consciente qu’il me reste encore énormément à démontrer en tant qu’actrice », affirme-t-elle. Être acteur n’est pas donné à tout le monde; c’est un métier extrêmement difficile qui exige une véritable vocation pour s’y épanouir.
Encore des preuves à faire
« Il n’y a pas de secret, comme l’a si bien dit Me Wade. Il faut travailler sur les personnages qui nous sont confiés, se donner pleinement et rester juste et authentique dans le jeu, tout en privilégiant des formations qui renforcent les capacités et les techniques d’acteur », précise-t-elle. Sa passion brûlante et son engagement sans faille lui ont permis de repousser ses limites et de se distinguer comme une actrice engagée dans le développement du cinéma sénégalais.
En février dernier, Joséphine Mboup a été nommée à la tête du Collectif des acteurs et actrices sénégalais de l’audiovisuel et du cinéma (Caasac), une organisation visant à unifier les professionnels autour d’un cadre professionnel solide. Son objectif est d’apporter, grâce à son expérience et son savoir-faire, une contribution active à la dynamisation et à l’essor du cinéma local.
Aujourd’hui, explique-t-elle, le collectif est reconnu dans le sous-secteur de l’audiovisuel et du cinéma comme une entité qui participe activement à la structuration et à la professionnalisation du secteur. Il est également membre du comité scientifique du cinéma sénégalais et agit au cœur de l’écosystème. Récemment, le collectif a pris part aux travaux d’orientation du Plan stratégique de développement du cinéma, de l’audiovisuel et de la création numérique au Sénégal 2026-2030. Ses priorités, selon sa présidente, portent sur des questions juridiques, notamment l’effectivité du décret d’application relatif à la rémunération pour copie privée, la signature du décret d’application du statut de l’artiste et des professionnels de la culture et les droits qui en découlent (sécurité sociale, prise en charge médicale, retraite, carte professionnelle). La présidente du Caasac juge obsolète la réforme du système d’enseignement proposée par l’École nationale des arts et métiers de la culture (Enamc).
Une meilleure prise en charge des acteurs
Selon elle, le Sénégal devrait se doter d’un Centre national de la cinématographie. Elle plaide aussi pour l’établissement d’une Convention collective couvrant l’intégralité de la chaîne de production audiovisuelle et cinématographique, et pour que les industries culturelles et créatives deviennent une réalité au sein de l’Agenda 2026-2030. « Tout cela figure dans le mémorandum que nous avons présenté à Bacary Sarr, ancien secrétaire d’État à la Culture, aux Industries créatives et au Patrimoine historique. Nous espérons que le nouveau ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Alpha Thiam, s’emparera de l’ensemble de ce travail mené par l’ensemble des acteurs de l’audiovisuel, du cinéma et de la création numérique, sous l’égide du Comité scientifique du cinéma sénégalais dirigé par le réalisateur Moussa Sène Absa », déclare Mboup. Selon elle, le Collectif des acteurs et actrices sénégalais de l’audiovisuel et du cinéma (Caasac) est plus que jamais déterminé à « contribuer à l’émergence d’une industrie cinématographique et audiovisuelle sénégalaise forte, moderne, compétitive, inclusive et durable, capable de créer de la valeur économique, culturelle et sociale ».