Marine Le Pen, du Rassemblement national (Rn), l’un des principaux partis politiques en France, a vu sa condamnation atténuée en appel. Cette évolution pourrait lui ouvrir la voie à une candidature à l’élection présidentielle de 2027. À la tête de l’Institut de prospective et de sécurité européenne, un think tank installé en France, le politologue français Emmanuel Dupuy propose, dans cet entretien, une analyse des implications de ce nouveau contexte pour la course à l’Élysée en 2027.
La décision de justice en appel du procès de Marine Le Pen rabat-elle les cartes pour l’élection présidentielle de 2027 ?
Non, car le vote au RN ne se décide pas sur une personne mais sur une idéologie, un parti et, au bout du compte, un programme politique. Qu’elle soit dirigée par Marine Le Pen, Jordan Bardella ou une autre figure n’apporte pas une différence majeure. On élit un président qui porte un projet. Ainsi, que ce soit Marine Le Pen ou celui qui serait le mieux préparé ou celui qui l’est le plus, cela ne change pas fondamentalement la dynamique. Il n’y aura pas une baisse du nombre d’électeurs si Marine Le Pen est condamnée. Même avec une exonération d’environ trente jours, cela ne modifiera pas sensiblement les choses et ne garantira pas nécessairement une poussée en sa faveur.
Au vu des dernières consultations électorales en France, le Rassemblement national s’est imposé comme l’une des grandes forces politiques. Est-ce suffisant pour que son ou sa candidat(e) puisse s’imposer en 2027 ?
Cela dépendra en partie des ajustements ou de l’élargissement du positionnement du candidat du Rassemblement national. Si l’on scrute les récentes législatives, les municipales et, potentiellement, les sénatoriales à venir, elles confirment que le RN demeure l’un des premiers pôles du paysage politique, avec un centre de gravité autour de 37 à 38 % du corps électoral. On estime qu’environ 10 à 11 millions de Français ont voté RN lors des scrutins nationaux récents. Le RN, au contact de Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, du mouvement d’Éric Zemmour et de l’Union pour la défense de la République d’Éric Ciotti, confirme l’existence d’un noyau nationaliste de droite tournant autour de 40 %.
Dans cette optique, cela ne suffit pas à garantir la victoire, d’autant que l’élection présidentielle se déroule en deux tours, avec un premier tour puis une éliminatoire au second. Autrement dit, des convergences partisanes peuvent exister entre des formations qui ne seraient jamais enclines à soutenir un candidat dès le premier tour, mais qui pourraient l’accompagner au second pour bloquer le candidat qu’elles redoutent le plus. Pour accéder au pouvoir, il faut réussir à s’ouvrir, à se fédérer et à accroître son potentiel électoral. Il sera donc nécessaire d’assouplir un certain nombre de positions. Jordan Bardella a commencé à prendre ce tournant sur la question des retraites et sur le dossier ukrainien.
L’actuel camp présidentiel pourrait-il propulser un candidat crédible d’ici l’élection de 2027 ?
Déjà, il n’existe plus de camp présidentiel au sens strict. Aucun candidat ne semble pouvoir succéder à Emmanuel Macron. Il n’y a pas de « patrimoine » ou de logiciel clairement héritier de Macron. Les deux anciens Premiers ministres, qui se présentent eux aussi avec des projets personnels, Édouard Philippe et Gabriel Attal, ne revendiquent ni paternité ni l’idée de poursuivre un programme prêt-à-limiter la continuité du pouvoir. En d’autres termes, il n’existe plus de parti présidentiel. D’ailleurs, il n’y en a jamais eu de manière durable. Dans ce cadre, le « macronisme » n’a finalement jamais existé comme entité politique autonome qui survivrait à une élection.
Édouard Philippe se pose comme candidat de la droite et Gabriel Attal comme représentant du centre, voire de la social-démocratie et même du centre-droit. Aucun ne se voit comme le porte-drapeau du bilan du président sortant. Cela suggère que le « macronisme » n’a pas laissé une architecture politique susceptible de durer après la période actuelle.
À Gauche, le PS ou La France insoumise auront-ils les ressources nécessaires pour faire bonne figure à la présidentielle de 2027 ?
Le PS pourrait éviter la débâcle s’il choisit un candidat solide capable de résister au rouleau compresseur méthodique de l’extrême gauche. Cette dernière pourrait, par ailleurs, rivaliser près du RN dans certaines configurations. Le match se jouerait alors entre l’extrême droite et l’extrême gauche, au détriment de la Droite, du Centre et du Parti socialiste. Le PS n’a donc pas plus de deux options.
Soit s’agripper à cette logique de gauche radicalisée et adopter un discours dont certaines positions seraient difficiles à défendre, comme des éléments antisémite prétendument tolérés, soit s’orienter vers une posture nettement populiste. La question est aussi de savoir si les sociaux-démocrates pro-européens valident l’idée d’un démantèlement structurel envisagé par Jean-Luc Mélenchon s’il accédait à la magistrature suprême vis-à-vis de l’Union européenne. Jusqu’où le PS est-il prêt à faire des compromis ?
Et jusqu’où le mouvement de Jean-Luc Mélenchon est-il prêt à concéder des espaces ? Il est souvent perçu comme peu enclin au compromis. Or, s’il veut accéder à la présidence, il lui faudra sans doute durcir et tempérer son discours afin de rallier des votants qui ne le soutiendraient pas au premier tour. On peut penser que le PS ou les forces de gauche pourraient, paradoxalement, obtenir un score important, à égalité avec certaines formations de droite et du centre.
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