La Coupe du monde demeure traditionnellement une célébration du football autant que des diverses cultures qui l’entourent. Mais l’édition 2026, organisée par les États-Unis, s’inscrit plutôt dans une tendance de rejet et de contestation, certains éléments s’écartant de règles chères à la FIFA.
Bien avant le coup d’envoi, des inquiétudes liées aux visas ont émergé. Lors du démarrage attendu, ce sont surtout les refus qui ont dominé les conversations, bien plus que les performances sur le terrain. Nombre d’acteurs appelés à prendre part à l’événement se sont vus interdire l’entrée sur le territoire américain. Le cas le plus emblématique est celui d’Omar Artan, arbitre somalien officiellement désigné par la FIFA pour diriger des rencontres du Mondial 2026, qui s’est retrouvé empêché d’entrer aux États-Unis. Le constat est glaçant : un arbitre nommé par l’instance dirigeante du football mondial privé de pouvoir exercer sa mission en raison de la politique migratoire du pays hôte.
Mais il n’était pas le seul, malheureusement : des responsables de fédérations, des journalistes, des supporters… Tous ont été bloqués. Or, l’attribution d’une Coupe du Monde ne se résume pas à un simple accord commercial. Cela dépend d’un cahier des charges exigeant et de garanties gouvernementales formelles. En déposant leur candidature, les États-Unis se sont engagés à assurer l’accès libre et sans entrave de l’ensemble des participants : joueurs, arbitres, officiels fédéraux, partenaires commerciaux, journalistes accrédités et supporters étrangers, quelle que soit leur nationalité. Ces engagements ne relèvent pas de simples déclarations : ce sont des clauses contractuelles dont le non-respect place l’organisation hôte en porte-à-faux vis-à-vis de la FIFA.
Les textes de la FIFA directement mis en cause
Au moins six règles ou principes fondamentaux des statuts et du cadre éthique de la FIFA semblent aujourd’hui bafoués ou sérieusement mis en tension.
1. L’article 3 des Statuts de la FIFA-Droits humains
C’est le texte le plus explicite. Il affirme que la FIFA est « engagée à respecter tous les droits de l’homme internationalement reconnus ». Cet engagement s’impose non seulement à l’institution elle-même, mais également aux pays hôtes qu’elle choisit. Or priver des individus d’accès à un événement mondial sur la base de leur nationalité constitue, selon de nombreuses ONG et organisations de défense des droits humains, une atteinte à ce principe.
2. L’article 4 des Statuts de la FIFA – Non-discrimination
Cet article interdit toute forme de discrimination fondée notamment sur l’origine nationale. Si cette disposition vise en priorité les acteurs du jeu, elle exprime une philosophie générale dont la FIFA revendique l’universalité. Les faits observés ; certains supporters circulant librement quand d’autres affrontent un véritable mur administratif, certaines délégations accueillies sans difficulté quand d’autres sont bloquées ; donnent précisément l’impression d’une discrimination fondée sur la nationalité.
3. La garantie d’accès des arbitres et officiels
Le cahier des charges FIFA impose au pays hôte de garantir l’entrée sur son territoire à toute personne désignée officiellement par l’instance. L’impossibilité pour Omar Artan d’accomplir sa mission d’arbitre constitue une violation directe de cet engagement. Qu’un officiel nommé par la FIFA elle-même soit bloqué à la frontière est une rupture caractérisée du contrat d’organisation.
4. La garantie d’accès des fédérations nationales
Les fédérations membres de la FIFA, quelles que soient leur origine et leur situation politique, doivent pouvoir envoyer leurs représentants librement. Les difficultés rapportées par la fédération palestinienne et les officiels iraniens contredisent frontalement cet engagement.
5. La garantie d’accès des médias accrédités
La FIFA délivre des accréditations à des journalistes et photographes du monde entier pour assurer la couverture officielle de la compétition. Des obstacles migratoires opposés à ces professionnels dûment accrédités violent le principe selon lequel l’accréditation FIFA doit constituer une garantie suffisante d’accès.
6. La garantie d’accès des supporters
Un Mondial se construit aussi dans les tribunes. Les supporters de toutes les nations qualifiées doivent pouvoir assister aux matchs de leur équipe. Lorsque des détenteurs de billets se voient refuser l’accès au territoire en raison de leur nationalité, c’est l’universalité même du tournoi qui est mise à mal.
Reste désormais à savoir si la FIFA sanctionnera les États-Unis, comme les autres pays ayant enfreint les règles par le passé. Réponse après le tournoi.