Ouvert en 2021, à l’occasion du centenaire du Parti communiste chinois (Pcc), ce musée éponyme offre une rétrospective de la Longue Marche et de ses suites, remontant jusqu’à la naissance de ce parti et de la République populaire de Chine, tout en soulignant le rôle central joué par Mao Zedong et ses successeurs.
BEIJING – Nous sommes le 21 mai 2026. Pékin se réveille sans agitation particulière, malgré la circulation soutenue des voitures sur les grandes artères et la majesté des gratte-ciel qui dominent l’horizon. On ne perçoit ni klaxons dérangeants ni altercations entre conducteurs et motocyclistes; tout semble cadré par les feux et les signalisations horizontales (zèbres) qui demeurent visibles et respectées. Le trafic coule sans accroc.
Nous nous trouvons dans le nord de la cité, plus exactement dans le quartier des Jeux Olympiques, non loin du grand stade qui évoque un nid d’oiseau. Devant les visiteurs et les touristes se dresse un autre bâtiment tout aussi imposant : le musée du Parti communiste chinois (Pcc). Il se compose de deux constructions vastes, mêlant des éléments architecturaux traditionnels chinois, portées par d’élégants piliers blancs et entourées de grandes marches reliant les différentes entrées.
Sur l’immense esplanade, des statues rendent hommage à des figures clés à travers les différentes étapes de l’existence du PCC. Dans le grand hall du musée, une fresque monumentale mesurant 70 mètres de long sur 15 mètres de haut, symbolisant la Grande Muraille, accueille les visiteurs et donne le ton de l’exploration qui suit : une narration de l’histoire de la Chine, depuis la fondation du PCC en 1921 jusqu’à la modernité et la prospérité actuelle de l’Empire du Milieu.
La visite débute par une immersion numérique mettant en scène le numérique et l’intelligence artificielle (IA) dès le deuxième étage. Une salle de cinéma accueille les voyageurs dans une sphère futuriste où, bien calés dans leurs sièges, ils peuvent parcourir les paysages saisissants de la Chine, survoler les infrastructures qui ont rendu le pays célèbre, prendre les commandes d’avions militaires chinois comme si l’on pilotait, et plonger même au fond des océans à plus de 8 000 mètres de profondeur.
Grâce à l’IA, le visiteur ressent le souffle du vent sur les montagnes traversées, et voit apparaître des gouttes d’eau lors du passage à travers les cours d’eau dévoilés par ce cinéma qui se veut d’un réalisme frappant. « C’est merveilleux ! C’est splendide ! On dirait du réel », s’exclame notre collègue togolaise, Blandine.
Au premier étage se déploie le grand hall accueillant les expositions consacrées à l’histoire du PCC. L’un des guides de l’établissement, Hujia Lun, indique que ce complexe a été édifié et inauguré en 2021, à l’occasion du centenaire du PCC, sous l’impulsion du président de la République populaire de Chine, Xi Jinping.
Une partie importante du musée est dévolue à la fondation du PCC en 1921 et à la Longue Marche vers la victoire. Le guide rappelle que la nation a souffert d’un passé marqué par la guerre de l’opium et l’occupation japonaise, et qu’elle s’est battue pour obtenir sa libération. Selon lui, c’est vers 1911 que Sun Yat-sen a commencé à résister contre l’ordre impérial de l’époque et son système de dynasties.
Ensuite, le mouvement du 4 mai 1919 est présenté comme le moment où l’idéologie marxiste a commencé à gagner l’empreinte en Chine, selon Hujia Lun. Toutefois, c’est en juillet 1921 que le premier congrès du PCC s’est tenu à Shanghai. Pour des raisons de sécurité, la toute première réunion du PCC aurait lieu sur une pirogue, en présence du jeune Mao Zedong. La scène a été recréée dans le musée, avec la pirogue posée sur le lac.
Puis, pour la libération de la Chine par le PCC, le 1er août 1927 est évoqué comme une étape initiale de la lutte armée. L’exposition insiste aussi sur le fait que le congrès du PCC, tenu à Moscou, a marqué l’achèvement de la stratégie révolutionnaire globale. En 1930, la Chine aurait déjà mis sur pied une trentaine de bases révolutionnaires destinées à libérer le pays.
Naissance du PCC et premier congrès
L’espace muséal retrace aussi la lutte de l’armée rouge contre l’occupation japonaise. C’est en 1934 que l’armée rouge du PCC a entamé sa longue marche. Les clichés exposés démontrent que l’armée rouge a essuyé de lourdes pertes, tout en poursuivant sa résistance face à l’occupant japonais. La Longue Marche s’est conclu en octobre 1936.
C’est à ce moment-là que le monde découvre le visage de Mao Zedong grâce à une photo prise par un journaliste américain. Le musée présente aujourd’hui, en plus de l’image, l’appareil photographique authentique qui a permis de capturer le jeune leader, ainsi que le couvre-chef qu’il portait.
L’occupation japonaise, précise la direction du musée, s’est déroulée entre 1937 et 1945, bien qu’il y ait eu des prémices de résistance dès 1931. Le musée met en lumière les armes et les canaux utilisés dans la lutte, et expose les différentes pages de la capitulation japonaise signée le 15 août 1945.
Une part majeure du musée est également consacrée à l’établissement de la République populaire de Chine, célébré le 1er octobre 1949. Là, le discours d’officialisation de Mao résonne en boucle dans une vidéo authentique. En face, le costume et le pantalon qu’il portait lors de ce discours historique sont fièrement exposés.
De même, les deux premières voitures du grand dirigeant chinois, fabriquées en Chine à l’occasion des dix ans de la République populaire en 1959, sont visibles. Les véhicules utilisés par Deng Xiaoping, Hu Jintao et Xi Jinping font aussi partie des pièces conservées dans le musée.
Il faut noter que l’ère Deng Xiaoping est bien représentée, car c’est lui qui a porté une série de réformes et a engagé l’ouverture économique du pays.
5.000 visiteurs par jour
À titre de preuve, Deng Xiaoping est à l’origine du rétablissement des relations entre la Chine et les États-Unis en 1979, lorsque fut effectuée la première visite d’un chef d’État chinois. Dès lors, le niveau de vie des Chinois s’est amélioré grâce aux grandes réformes engagées par Deng Xiaoping.
Le musée retrace également la transformation de l’économie chinoise jusqu’à son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, après quinze années de négociations. Avec sa modernisation et l’amélioration notable des conditions de vie, la Chine est devenue, dans les années 2010, la deuxième économie mondiale.
Les clichés et autres éléments exposés rappellent aussi que, lors de son arrivée au pouvoir en 2012, Xi Jinping a lancé la politique d’élimination de l’extrême pauvreté, objectif qu’il a déclaré atteint en 2021, à l’occasion des cent ans du PCC.
Un responsable chinois, qui préfère rester anonyme, confie que le PCC a dépassé les peines endurées par son peuple et affirme que les membres de sa génération n’auraient jamais imaginé, il y a un peu plus de vingt ans, atteindre un tel niveau de développement.
Xi Jinping, premier président né après la fondation de la République populaire de Chine, a également introduit le principe « la nature vaut de l’or » afin de préserver l’environnement, protéger les cours d’eau et revitaliser les zones rurales.
Selon le guide Hujia Lun, le musée accueille quelque 5.000 visiteurs par jour lors des pics de saison touristique et a déjà reçu plus de 5 millions de visiteurs depuis son ouverture en 2021.