La Cité interdite de Beijing, érigée au XVe siècle, a été pensée comme la demeure des empereurs chinois sous la dynastie Ming. Les ensembles de palais, de résidences et d’autres constructions, réalisés selon les codes de l’architecture chinoise, forment l’expression même de l’art et de la culture de cette grande civilisation. Depuis 1925, la Cité interdite, considérée comme le plus vaste palais du monde, a été convertie en musée et reçoit chaque jour des milliers de visiteurs.
BEIJING-La Cité interdite se révèle devant nous. Et d’abord, on l’aperçoit de loin par ses imposants murs rouges, couleur associée à la chance, au bonheur et à la prospérité dans la tradition chinoise. Les toits des palais se distinguent aussi le long de la route interdite à la circulation des véhicules. Nous sommes le mardi 9 juin 2026 et le site est envahi par des touristes chinois comme par des visiteurs venus d’ailleurs. Dès l’entrée dans l’enceinte, le premier regard se porte sur la rivière qui traverse les jardins verdoyants, soigneusement entretenus et dont la fraîcheur apaise les foules à l’heure où Beijing peut connaître une chaleur écrasante.
Après avoir franchi les premiers portiques de sécurité, les visiteurs débouchent sur la première cour de la Cité interdite. Cette cour est entourée de longs remparts et de toits immenses recouverts de tuiles jaunes, agrémentés de décorations chinoises éblouissantes sur les balustrades et les poutres.
Le complexe n’est pas un simple palais isolé. C’est une succession de palais et d’édifices qui se succèdent à chaque fois qu’on longe une grande cour accompagnée d’un palais principal, de résidences secondaires et d’autres bâtiments destinés aux conseillers ou aux proches de l’empereur. À chaque étape, en avançant dans les couloirs labyrinthiques de la Cité interdite, on tombe sur une cour plus vaste et sur un palais plus majestueux, occupant une position hiérarchique supérieure. Il faut traverser plusieurs palais et bâtiments disséminés pour atteindre l’immense palais impérial.
Dans l’édifice qui met en valeur l’élégance de l’architecture ancienne de Chine, dominé par une sorte de pagode qui borde les abords, le trône de l’empereur, doré et orné de motifs rouges, demeure encore visible. Des marches menant au siège impérial s’insèrent dans le décor des deux côtés. Toutefois, l’accès à la salle impériale est interdit afin de préserver son caractère sacré et l’intégrité des lieux. Malgré cela, chaque visiteur se presse devant la porte principale pour immortaliser l’instant.
A l’entrée du palais central, une imposante statue de lionne veille sur le site depuis plus de six siècles. Le guide officiel chinois indique que, bien que les lions ne fassent pas partie de la faune originaire de Chine, la lionne symbolise le pouvoir et l’autorité au sein de la famille impériale.
Une voyageuse du Burkina Faso, émerveillée par la beauté et l’ampleur de la cité, ne veut manquer aucune occasion de prendre des clichés. « La Cité interdite est un témoignage hors du commun de l’histoire et de la civilisation chinoises », affirme-t-elle avec enthousiasme, ravie aussi de découvrir comment le site a été préservé et transmis aux générations actuelles.
La Cité interdite fut élevée au XVe siècle, entre 1406 et 1420, à Beijing, dans le cadre du transfert de la capitale de l’Empire du Milieu vers l’actuelle capitale administrative. Cette démarche s’inscrivait sous la dynastie Ming. Avant cela, la capitale se situait à Nankin. Le troisième empereur, amoureux de Beijing, ne voulait plus vivre loin de cette ville et fit accélérer le déménagement de l’ensemble du pouvoir.
Un million de personnes pour la construction du plus grand palais au monde
Outre sa magnificence architecturale, la Cité interdite impressionne par l’ampleur des moyens déployés pour sa réalisation. Selon le guide associé à la délégation du programme de formation 2026 du Centre international de presse et de communication de Chine (CIPCC), le troisième empereur de la dynastie Ming n’avait initialement mobilisé que 3 000 personnes pour cette ambitieuse entreprise.
Mais afin d’accélérer les travaux, il fit venir près d’un million d’individus afin d’achever le complexe impérial et permettre un transfert rapide de la capitale. Les travaux dureront quatorze ans. En raison de l’ampleur du chantier et des difficultés rencontrées, environ 3 000 personnes perdirent la vie pendant sa construction. Avec une superficie de 720 000 m², soit près de 80 hectares, la Cité interdite est aujourd’hui reconnue comme le plus grand palais du monde. Sous la dynastie Ming, la cité abritait plus de 10 000 habitants, pas uniquement l’empereur et sa famille: y résidaient aussi les conseillers, les officiers, les soldats, les domestiques et bien d’autres.
La Cité interdite compte 9 999 chambres et salles, destinées tant aux résidences qu’aux lieux de travail et de réception. Ce chiffre n’est pas anodin: selon la tradition chinoise, le paradis compte 10 000 chambres; ce chiffre symbolique signifie que, bien que le « paradis terrestre » des empereurs soit immense, il ne peut pas égaler le « paradis céleste ».
De 1420 à 1924, vingt-quatre souverains ont régné et occupé les lieux de la Cité interdite: quatorze issus de la dynastie Ming et dix de la dynastie Qing. Le dernier empereur y résida jusqu’en 1924. À partir de 1925, après l’abolition de l’Empire, personne ne vivait plus dans ce complexe. Le gouvernement de la République populaire de Chine transforma alors la Cité interdite en musée tout en préservant les palais et les bâtiments dans leur architecture d’origine.
9999 chambres, 80 000 visiteurs par jour
Chef-d’œuvre du patrimoine culturel et architectural de la Chine, la Cité interdite est aujourd’hui l’une des destinations touristiques les plus importantes au monde. Selon des sources officielles, elle accueille environ 80 000 visiteurs chaque jour, soit près de 30 millions de visiteurs annuels. Le tourisme y est extrêmement rentable: chaque visiteur acquitte un billet d’entrée de 60 yuans, soit environ 5 000 francs CFA, et la fréquentation quotidienne permet au musée de générer près de 400 millions de francs CFA de recettes.
Au terme de la visite des divers palais, les visiteurs africains s’accordent à admirer la beauté des lieux tout en estimant que leurs autorités gagneraient à s’inspirer du modèle de gestion chinoise du patrimoine historique et culturel. Ils soulignent que la Chine montre qu’on peut concilier développement économique et préservation du patrimoine, et soutiennent que l’Afrique possède les atouts pour développer un secteur touristique capable d’attirer un grand nombre de visiteurs en s’inspirant d’une expérience aussi riche.