Le Dr Lassina Zerbo, conseiller du président Paul Kagamé chargé de l’énergie, a participé hier à la cérémonie d’ouverture de la deuxième édition du Sommet sur l’innovation dans le domaine de l’énergie nucléaire pour l’Afrique (Neisa), qui se tient à Kigali du 19 au 21 mai 2026.
Lors de son allocution, il a souligné que la réussite du déploiement de l’énergie nucléaire dépend de la capacité à convertir les ambitions politiques en projets concrets et financés.
M. Zerbo, qui occupe également la présidence du Conseil rwandais de l’énergie atomique, a insisté sur le fait que l’avenir nucléaire de l’Afrique au XXIe siècle ne ressemblera pas à l’industrie nucléaire du XXe siècle. Il a expliqué que les réacteurs modulaires de petite taille et les microréacteurs modulaires constituent des leviers majeurs. Cette technologie, a-t-il précisé, offre une modularité accrue, une sécurité renforcée, des délais de construction plus courts et une meilleure adaptation à notre réseau électrique.
Mais, a soutenu Lassina Zerbo, ils ouvrent aussi de nouvelles perspectives, non seulement pour la production d’électricité, mais aussi pour l’industrialisation, la production d’hydrogène vert et l’infrastructure numérique du futur. Le Dr Zerbo, ancien Premier ministre burkinabé sous le président Kaboré, a indiqué que les plus grandes entreprises technologiques du monde — Microsoft, Google, Amazon et Meta — investissent aujourd’hui massivement dans l’énergie nucléaire. « Pourquoi ? Parce que l’intelligence artificielle et les centres de données exigent des quantités énormes d’électricité stable. Les géants du numérique ont compris une vérité essentielle : il n’y aura pas d’intelligence artificielle puissante sans une énergie fiable, modulable et décarbonée », a confié le conseiller du président Kagamé.
Pour lui, il n’y aura pas de souveraineté numérique africaine sans souveraineté énergétique africaine. Selon lui, les intentions sont louables, mais elles ne suffiront pas à réaliser ce futur. Le financement restera un enjeu central, car le coût du capital demeure élevé.
Les projets, affirme-t-il, restent fragmentés et de nombreux pays manquent encore d’un écosystème institutionnel capable de faire passer l’ambition politique à des projets bankables. « Notre objectif ici à Kigali n’est pas simplement de discuter de l’énergie nucléaire. Il s’agit d’aider à transformer l’ambition africaine en trajectoires crédibles et attractives pour l’investissement », a souligné Lassina Zerbo.
Pour y parvenir, il faut, selon lui, renforcer les mécanismes de financement, les partenariats public-privé, la capacité réglementaire et la coopération. « Dans cet esprit, je suis particulièrement heureux d’annoncer ici, à Neisa, la création de la Coalition mondiale pour la philanthropie nucléaire dirigée par la Fondation Rockefeller et le Temasek Trust », a annoncé M. Zerbo. Il a précisé qu’elle est rejointe par d’autres philanthropes et partenaires du secteur nucléaire, engagés à mobiliser des capitaux pour soutenir le déploiement sûr, sécurisé et équitable de l’énergie nucléaire dans le monde.
Cette coalition, poursuit-il, témoigne d’un consensus international croissant sur le fait que l’énergie nucléaire ne se limite pas à une question technologique ou industrielle. Elle touche aussi au développement, à la gouvernance et à la souveraineté stratégique. Fait notable, cette coalition reconnaît que l’Afrique ne doit pas être perçue comme un acteur périphérique dans l’avenir de l’énergie nucléaire.
L’Afrique, soutient le conseiller du président Kagamé, doit être intégrée dès le départ à la construction de ce futur. Il a également plaidé en faveur de la formation du capital humain africain dans le domaine du nucléaire.