De Ndiaganiao à l’Arène nationale de Dakar, Ngagne Sène, surnommé « Koor Bigué », ne ressemble à aucun lutteur ordinaire : puissance brute, don véritable, instinct marquant et ascension éclaire. Il s’impose déjà comme l’un des visages les plus redoutables de la lutte simple.
Il avance sans bruit. Pourtant chacun de ses pas semble porter l’écho d’une promesse. Chez Ngagne Sène, la force ne s’étale pas, elle s’impose.
Ses proches l’appellent « Johnson ». Le public le connaît surtout sous le surnom « Koor Bigué », popularisé par la chanteuse Mbayang Loum dans un refrain inédito. « C’est une chanson que la chanteuse Mbayang Loum m’a dédiée. À l’époque, j’étais à Dubaï pour une préparation avec mon aîné et ami Reug Reug. Comme la saison avait déjà démarré sans que je fasse parler de moi, elle a décidé de créer ce morceau », dévoile-t-il.
Le sens du morceau ? « La saison est ouverte, mais je ne t’ai pas encore vu… ». Une phrase que le lutteur répète aujourd’hui avec un sourire chargé de fierté, souvenir d’un temps où son talent n’avait pas encore éclaté au grand jour.
Encadré par ses oncles, notamment Diodj Sène qui fut champion respecté de son époque, Ngagne a grandi dans un terroir où la lutte se parle comme une langue. Puis son passage à l’écurie Thiaroye-sur-Mer, berceau de son ami Reug Reug, n’a duré que quelques années, mais il a suffi à tailler ce talent brut. Le reste, il l’a bâti seul, porté par une ambition presque instinctive.
« En trois saisons, j’ai tout renversé », affirme-t-il sans fanfaronner, comme une évidence.
Yékini, l’idole intouchable
Son modèle demeure l’inégalable Yékini, l’ancien « Roi des Arènes » dont la carrière le fascine. « J’aimerais lui parler un jour », avoue-t-il, conscient que la sagesse des géants peut orienter un destin.
Le parallèle entre les deux hommes circule déjà : gabarit imposant, sérieux implacable, Sérère comme l’ancien « Roi des arènes », même élégance dans l’effort. Mais Ngagne refuse la comparaison trop facile. « Yékini, c’est un monument. Moi, je suis encore en chemin », tempère-t-il.
Cette modestie n’efface rien de ce qu’il a accompli. La saison 2024-2025 a été un véritable manifeste de puissance. En effet, il a remporté un gala avec une mise de 10 millions de FCfa, atteint une finale dont la mise était de 15 millions, survolé trois tournois à 2 millions de FCfa, et enchaîné des victoires à Fimela, Joal, Djilor, Kaolack, Ndangane, jusqu’au terrain Gaal-Gui de Grand Yoff, où il s’impose à trois reprises.
Son exploit le plus marquant demeure sans doute celui de Simal, un tournoi auquel il participe presque par défi, encouragé par ses amis. Sans préparation spécifique, il rafle les bœufs mis en jeu. « Ce jour-là, j’ai su que j’avais franchi un cap », se souvient-il, encore émerveillé par sa propre aisance.
Le monde de la lutte ne s’y trompe pas : aux Lutte Tv Awards (11 octobre 2025), son nom circule comme l’étoile montante. Puis survient la consécration avec l’Association nationale de la presse sportive (ANPS) qui le couronne « Meilleur lutteur » de lutte simple de la saison. Un trophée qu’il reçoit avec émotion et qu’il dédie à sa mère, « amie, confidente, pilier ».
Loin des caméras, la vie de Ngagne n’a rien d’une destinée dorée. Deux séances par jour : musculation le matin, travail technique le soir. Quand il n’est pas en compétition, Ngagne se décontracte devant le football. Le FC Barcelone occupe son cœur, avec Lamine Yamal en étoile montante, Sadio Mané en héros national. Entouré des lutteurs Reug Reug et Thiaka Faye, il se sait bien entouré.
Avec trois victoires en trois combats dans la lutte avec frappe, Ngagne vise une accélération. Il cible Ndiaga Doolé, Diam Terry et nourrit des ambitions plus élevées encore. « Je veux devenir le Roi des arènes. J’ai le talent, la discipline et le cadre pour y parvenir », affirme-t-il.
Sans formation scolaire, ancien éleveur, il envisage de se marier prochainement. Il adresse enfin un message au chef de l’État, fils du même terroir que lui : « Président Diomaye, je sollicite votre soutien », confie-t-il. Dans sa voix, ni plainte ni vigueur excessive : seulement le désir d’avancer.