28 ans après, Mame Abdou Aziz Sy Dabakh demeure gravé dans les mémoires

15 septembre 2025

Éteint le 14 septembre 1997, Mame Abdou Aziz Sy Dabakh demeure une référence majeure dans l’islam sénégalais. Guide spirituel, artisan de paix et porteur d’une parole authentique, il a marqué son époque par sa sagesse, sa générosité et son engagement en faveur de l’unité du pays. Vingt-huit années après sa disparition, l’influence de son héritage continue d’illuminer les esprits et les cœurs.

Le 14 septembre, jour de recueillement et de souvenir, demeure gravé dans la mémoire collective du Sénégal. C’est à cette date, en 1997, que s’éteignait, à l’âge de 93 ans, El Hadji Abdou Aziz Sy, plus connu sous le nom de Mame Abdou Aziz Sy Dabakh, troisième khalife général des Tidianes et figure centrale de l’islam confrérique au Sénégal. Vingt-huit ans plus tard, sa voix, sa stature et ses enseignements résonnent encore avec une fraîcheur étonnante dans l’esprit et le cœur des millions de fidèles.

Fils du vénéré El Hadji Malick Sy et de Sokhna Safiétou Niang, Mame Abdou naquit en 1904 à Tivaouane, berceau de la Tidjaniyya sénégalaise. Très tôt, il manifesta une soif insatiable d’apprendre et de comprendre les sciences religieuses.

Formé aux sciences islamiques, à la théologie asharite, au droit malikite, à la langue arabe, au soufisme et à l’exégèse du Coran, il fit également son apprentissage auprès de Serigne Hady Touré, dont il devint le fidèle disciple. Cette solide formation, associée à une foi profondément ancrée, allait faire de lui un guide clair et lumineux.

Quarante années de khalifat, une trajectoire sans faute

Le 29 mars 1957, à la suite du décès quasi simultané de ses frères Seydi Ababacar Sy et El Hadj Mouhamadou Mansour Sy, il accéda au khalifat de la Tijnyya. Dès lors, il devint une référence majeure dans la vie spirituelle, sociale et politique du Sénégal. Durant ces quarante années de khalifat, aucun faux pas, aucune parole déplacée, aucun scandale: une constance rare qui lui valut l’admiration unanime bien au-delà des cercles religieux.

D’un tempérament discret mais ferme, Mame Abdou était un homme de parole, de paix et d’unité. Son surnom « Dabakh », qui signifie « le généreux » en wolof, provenait de sa bonté exceptionnelle, de son hospitalité et de son engagement sans faille pour la cohésion sociale. Lorsque le pays vacillait sous le poids des crises politiques, sociales ou économiques, il était ce recours moral, ce médiateur providentiel, ce régulateur discret mais efficace. Il apaisait les crises non par la contrainte, mais par la sagesse.

Un homme au service de tous

Mame Abdou Aziz Sy Dabakh ne connaissait aucune barrière: de Touba à Ndiassane, de Tivaouane à la cathédrale de Dakar, il était respecté, écouté et surtout aimé. Chrétien, mouride, tidiane, laïc ou agnostique, chacun voyait en lui un guide, un homme de Dieu dont le sourire, la voix grave et la sagesse inspiraient le respect et la paix.

Il rejetait l’hypocrisie, dénonçait les injustices, mais toujours sans haine ni violence. Il s’adressait avec franchise tant aux gouvernants qu’à l’opposition, sans jamais chercher la confrontation. Il savait que le véritable courage réside dans une vérité calme, utile et humble.

À une époque où le tissu moral de la société s’effritait, Mame Abdou appelait sans relâche à la préservation des valeurs, à la quête du savoir religieux, à la modération des comportements et à la solidarité envers les plus démunis.

Un intellectuel religieux à l’aura internationale

En dehors de ses fonctions de khalife, Mame Abdou fut aussi un homme de lettres et de parole. Poète, mélodisateur des nuits de la Bourdah et du Daroul Habibi, il animait les veillées du Mawlid avec ferveur et élégance.

Invité dans les plus grandes assemblées internationales, du Maroc aux États-Unis, en passant par la Mecque ou Paris, il fut un digne ambassadeur de l’islam sénégalais, un érudit dont la maîtrise de l’arabe et la profondeur de ses discours impressionnaient les plus hautes autorités religieuses.

Son allocution à la Mecque, en 1965, lors d’un congrès islamique, demeure une référence dans l’histoire de la Tijaniyya. À cette époque, il reçut aussi une distinction pour son engagement dans l’agriculture, un domaine qu’il prônait comme vecteur d’autonomie et de dignité pour les populations.

L’absent le plus présent

Ainsi, même aujourd’hui, ses paroles circulent, portées par des enregistrements audio et vidéo qui traversent les générations. Il est parti physiquement, mais son ombre bienveillante plane toujours sur le Sénégal, surtout en des moments d’instabilité morale et politique. Lors des grandes crises ou des débats éthiques qui secouent la nation, nombreux sont ceux qui se demandent: « Que dirait Mame Abdou ? »

Car Mame Abdou ne se limitait pas à prêcher; il incarnait son message. Il ne trafiquait pas la vérité. Il prenait la parole lorsque d’autres préféraient le silence. Il inspira sans écraser, enseignait sans humilier, guidait sans imposer.

Une postérité vivante

Aujourd’hui, Mame Abdou Aziz Sy Dabakh demeure une figure intemporelle du Sénégal, un repère moral, un exemple de droiture, d’humilité et de générosité. Sa vie entièrement consacrée à Dieu et au service de son peuple continue d’inspirer imams, intellectuels, jeunes et moins jeunes, politiciens comme citoyens ordinaires.

Il fut le souffle d’un islam éclairé, l’incarnation d’un juste milieu, un pont entre foi et société, entre tradition et modernité, entre nation et humanité.

Et s’il est vrai que certaines personnes disparaissent sans jamais vraiment partir, alors Mame Abdou Aziz Sy Dabakh demeure sans conteste l’absent le plus présent du Sénégal.